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Cyrille d'ALEXANDRIE

Cyrille d'ALEXANDRIE

(380-444)

écrits

Saint,
évêque
et docteur de l'Église

« Les aveugles voient..., les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres »

 

      « Celui qui vient après moi est plus puissant que moi ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). Dirons-nous que c'est là l'œuvre d'une humanité pareille à la nôtre que de pouvoir baptiser dans l'Esprit Saint et le feu ? Comment cela pourrait-il être ? Et pourtant, parlant d'un homme qui ne s'est pas encore présenté, Jean déclare que celui-ci baptise « dans le feu et l'Esprit Saint ». Non pas, comme le ferait un serviteur quelconque, en insufflant aux baptisés un Esprit qui n'est pas le sien, mais comme quelqu'un qui est Dieu par nature, qui donne avec une puissance souveraine ce qui vient de lui et lui appartient en propre. C'est grâce à cela que l'empreinte divine s'imprime en nous.

En effet, en Christ Jésus, nous sommes transformés comme à l'image divine ; non que notre corps soit modelé de nouveau, mais nous recevons le Saint Esprit, entrant en possession du Christ lui-même, au point de pouvoir crier désormais dans notre joie : « Mon âme exulte dans le Seigneur, car il m'a revêtu de salut et d'allégresse » (1S 2,1). L'apôtre Paul dit en effet : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3,27).

Est-ce donc en un homme que nous avons été baptisés ? Silence, toi qui n'est qu'un homme ; veux-tu rabattre jusqu'à terre notre espérance ? Nous avons été baptisés en un Dieu fait homme ; il libère des peines et des fautes tous ceux qui croient en lui. « Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ... Vous recevrez alors le don du Saint Esprit » (Ac 2,38). Il délie ceux qui s'attachent à lui... ; il fait sourdre en nous sa propre nature... L'Esprit appartient en propre au Fils, qui est devenu un homme semblable à nous. Car il est lui-même la vie de tout ce qui existe.

Premier dialogue christologique, 706 ; SC 97
 (trad. SC p. 27 rev.)

« Voici l’Agneau de Dieu »

 

« Jean voyait Jésus venir vers lui et il dit : ‘ Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde '… » Car un seul agneau est mort pour tous, récupérant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre. Un seul est mort pour tous, afin de les soumettre tous à Dieu ; un seul est mort pour tous afin de les gagner tous… En effet, nous vivons dans nos nombreux péchés et, de ce fait, nous avions une dette de mort à acquitter et nous sommes devenus périssables. C'est pourquoi le Père a livré son Fils en rançon pour nous (Jn 3,16; Mc 10,45), un seul pour tous, car toutes choses sont en lui et il est au-dessus de tout. Un seul est mort pour tous, afin que nous vivions tous en lui, car la mort, qui avait englouti l'agneau sacrifié pour tous, les a tous restitués en lui et avec lui. En effet, nous étions tous dans le Christ qui est mort pour nous et à notre place, et qui est ressuscité.

Le péché est l'origine et la cause de la mort ; une fois le péché détruit, comment la mort échapperait-elle à la destruction complète ? Une fois la racine morte, comment le germe qui en sort pourrait-il encore se conserver ? Une fois le péché effacé, pour quelle faute encore devrions-nous mourir ? Célébrons donc dans la joie l'immolation de l'agneau, en disant : « Mort, où est ta victoire ? Enfer, où est ton dard venimeux ? » (1Co 15,55; Os 13,14)… « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant pour nous objet de malédiction » (Ga 3,13), afin que nous échappions à la malédiction du péché.

Commentaire sur l’Evangile de Jean, 2, prologue ;
 PG 73,192 (trad. Delhougne, les Pères commentent, p. 86 rev.)

« Voici mon serviteur »

 

Le mystère de notre salut est si vaste, si profond, si admirable que les anges eux-mêmes aspirent fortement à le comprendre (1P 1,12)... Comme le Christ était Dieu en sa nature, Verbe véritable de Dieu le Père (Jn 1,1), de même nature que le Père et coéternel avec lui, et qu'il brillait au plus haut de sa gloire « dans la condition et la similitude de Dieu », « il n'a pas retenu jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais s'est anéanti lui-même, prenant condition de serviteur » et naissant de la sainte Marie. « Et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix » (Ph 2,6-8).

Il s'abaisse lui-même vers notre humilité, lui qui donné à tous les hommes sa propre plénitude. Il s'abaisse pour nous, non par contrainte, mais de son plein gré. Pour nous, il prend la condition d'esclave, lui qui était la liberté en personne. Il devient l'un d'entre nous, lui qui s'élevait au-dessus de toute la création. Il se soumet à la mort, lui qui donne la vie au monde... Il devient comme nous sujet de la Loi (Ga 4,4), lui qui, en tant que Dieu, transcende la Loi. Il devient un homme parmi d'autres, soumis à la naissance. Il prend commencement, lui qui précède tout les siècles et tous les âges : bien plus, lui qui est le créateur et l'origine du temps... Lui qui a pris chair de Marie...est de même nature que nous, est fait de notre propre substance, se chargeant de la descendance d'Abraham. Mais, en même temps, il est, sur le plan divin, de même nature que Dieu son Père.  

Sermon 15, 2-4 ; PG 77, 1089 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 76 rev.)

« Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais et elles me suivent »

 

La marque distinctive des brebis du Christ, c'est leur aptitude à écouter, à obéir, tandis que les brebis étrangères se distinguent par leur indocilité. Nous comprenons le verbe « écouter » au sens de consentir à ce qui a été dit. Et ceux-là qui l'écoutent sont connus de Dieu, car « être connu » signifie être uni à lui. Il n'y a personne qui soit entièrement ignoré de Dieu. Donc, lorsque le Christ dit : « Je connais mes brebis », il veut dire : « Je les accueillerai et je les unirai à moi d'une façon mystique et permanente ». On peut dire qu'en se faisant homme, il s'est apparenté à tous les hommes en prenant leur nature : nous sommes tous unis au Christ en raison de son incarnation. Mais ceux qui ne gardent pas la ressemblance avec la sainteté du Christ lui sont devenus étrangers...

« Mes brebis me suivent », dit encore le Christ. En effet, par la grâce divine les croyants suivent les pas du Christ. Ils n'obéissent pas aux préceptes de l'ancienne Loi, qui était une préfiguration, mais, en suivant par la grâce les préceptes du Christ, ils s'élèveront jusqu'à sa hauteur, conformément à leur vocation d'enfants de Dieu. Quand le Christ monte au ciel, ils le suivent jusque-là.

Commentaire sur l'évangile de Jean, 7, 10, 26 ; PG 74, 20
(trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 366 rev.)

« Il en choisit douze et leur donna le nom d'Apôtres, d'envoyés »

 

Notre Seigneur Jésus Christ a institué des guides et des enseignants pour le monde entier, et des « intendants de ses mystères divins » (1Co 4,1). Il leur a prescrit de briller et d'éclairer comme des flambeaux non seulement dans le pays des Juifs (...), mais partout sous le soleil, pour les hommes habitant sur toute la surface de la terre. Elle est donc vraie, cette parole de saint Paul : « On ne s'attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu » (He 5,4). (...)

S'il estimait devoir envoyer ses disciples comme le Père l'avait envoyé lui-même (Jn 20,21), il était nécessaire que ceux-ci, appelés à être ses imitateurs, découvrent pour quelle tâche le Père avait envoyé son Fils. Il nous a donc expliqué de diverses manières le caractère de sa propre mission. Il a dit un jour : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs pour qu'ils se convertissent » (Lc 5,32). Et encore : « Je suis descendu du ciel non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jn 6,38). Et une autre fois : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,17).

Il résumait en quelques paroles la fonction des apôtres en disant qu'il les a envoyés comme le Père l'avait envoyé lui-même : ils sauraient par là qu'il leur incombe d'appeler les pécheurs à se convertir, de soigner les malades, corporellement et spirituellement ; dans leurs fonctions d'intendants, de ne chercher aucunement à faire leur propre volonté, mais la volonté de celui qui les a envoyés ; enfin de sauver le monde dans la mesure où il recevra les enseignements du Seigneur.

Commentaire sur l'évangile de Jean, 3,130
 (in Livre des jours – Office romain des lectures ;
trad. A.-M. Roguet; Le Cerf – Desclée de Brouwer –
 Desclée – Mame; Paris 1976; 28 octobre, p.1616-1617, rev.)

« Il entra et saisit la main de la jeune fille »

 

Dès lors que le Christ est entré en nous par sa propre chair, nous ressusciterons entièrement ; il est inconcevable, ou plutôt impossible, que la vie ne fasse pas vivre ceux chez qui elle s'introduit. Comme on recouvre un tison ardent d'un tas de paille pour garder intacte le germe du feu, de même notre Seigneur Jésus Christ cache la vie en nous par sa propre chair et y met comme une semence d'immortalité qui écarte toute la corruption que nous portons en nous

Ce n'est donc pas seulement par sa parole qu'il réalise la résurrection des morts. Pour montrer que son corps donne la vie, comme nous l'avons dit, il touche les cadavres et par son corps il donne la vie à ces corps déjà en voie de désintégration. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à ces morts, quel profit ne trouverons-nous pas en son eucharistie vivifiante quand nous la recevrons ! ... Il ne suffirait pas que notre âme seulement soit régénérée par l'Esprit pour une vie nouvelle. Notre corps épais et terrestre aussi devait être sanctifié par sa participation à un corps aussi consistant et de même origine que le nôtre et devait être appelé ainsi à l'incorruptibilité.

Commentaire sur l'évangile de Jean, 4 ; PG 73, 560

« Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l'accomplir »

 

Nous avons vu le Christ obéir aux lois de Moïse, c'est-à-dire que Dieu, le législateur, se soumettait, comme un homme, à ses propres lois. C'est ce que nous enseigne saint Paul...: « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d'une femme, il a été sujet de la Loi juive, pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi » (Ga 4,4-5). Donc, le Christ a racheté de la malédiction de la Loi ceux qui en étaient les sujets, mais qui ne l'observaient pas. De quelle manière les a-t-il rachetés ? En accomplissant cette Loi ; autrement dit, afin d'effacer la transgression dont Adam s'était rendu coupable, il s'est montré obéissant et docile à notre place, envers Dieu le Père. Car il est écrit : « De même que tous sont devenus pécheurs parce qu'un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu'un seul homme a obéi » (Rm 5,18). Avec nous il a courbé la tête devant la Loi, et il l'a fait selon le plan divin de l'Incarnation. En effet, « il devait accomplir parfaitement ce qui est juste » (cf Mt 3,15).

Après avoir pris pleinement la condition de serviteur (Ph 2,7), précisément parce que sa condition humaine le rangeait au nombre de ceux qui portent le joug, il a payé le montant de l'impôt aux percepteurs comme tout le monde, alors que par nature, et en tant que Fils, il en était dispensé (Mt 18,23-26). Donc, lorsque tu le vois observer la Loi, ne sois pas choqué, ne mets pas au rang des serviteurs celui qui est libre, mais mesure par la pensée la profondeur d'un tel dessein

Homélie 12 ; PG 77, 1041s
(trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 174)

« Afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés »

 

Il est écrit : « Tous, tant que nous sommes, nous formons un seul corps et nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12,5) car le Christ nous rassemble dans l'unité par les liens de l'amour : « C'est lui qui, des deux, a fait un seul peuple ; il a fait tomber le mur qui les séparait, la haine, en supprimant les prescriptions juridiques de la Loi » (Ep 2,14). Il faut donc que nous ayons les mêmes sentiments réciproques ; « si un membre souffre, que tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l'honneur, que tous partagent sa joie » (1Co 12,26). C'est pourquoi, dit encore saint Paul, « accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu » (Rm 15,7). Accueillons-nous les uns les autres, si nous voulons avoir les mêmes sentiments. « Portons les fardeaux les uns des autres ; rassemblés dans la paix, gardons l'unité dans un même Esprit. » (Ep 4,2-3) C'est ainsi que Dieu nous a accueillis dans le Christ. Car celui-ci a dit vrai : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils pour nous » (Jn 3,16). En effet, le Fils a été donné en rançon de notre vie à tous, nous avons été affranchis de la mort, rachetés de la mort et du péché.

Saint Paul éclaire les perspectives de ce plan de salut lorsqu'il dit que « le Christ s'est fait le serviteur de la circoncision en raison de la fidélité de Dieu » (Rm 15,8). Car Dieu avait promis aux patriarches, pères des Juifs, qu'il bénirait leur descendance qui deviendrait aussi nombreuse que les astres du ciel. C'est pour cela que le Verbe, qui est Dieu, s'est manifesté dans la chair et s'est fait homme. Il maintient dans l'existence toute la création et il assure le bien-être de tout ce qui existe, puisqu'il est Dieu. Mais il est venu en ce monde en s'incarnant « non pour être servi, mais », comme il le dit lui-même, « pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,45).

Commentaire sur la lettre aux Romains, 15, 7
(trad. bréviaire, 5e sam. Pâques)