TERTULLIEN
Tertullien (v. 155-v. 220) écrits
Théologien
Dieu pourrait-il refuser la prière qui monte vers lui ?
« L’heure vient, dit-il, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,23) et il cherche de tels adorateurs. Nous sommes de vrais adorateurs et de vrais prêtres lorsque nous prions en esprit et offrons ainsi à Dieu, en sacrifice, notre prière, comme la victime qu’il s’est réservée et qui lui est agréable, celle-là même qu’il a demandée et préparée. Cette victime, offerte du fond du cœur, nourrie par la foi, élevée dans la vérité, intacte et innocente, intègre et pure, couronnée par l’amour, nous devons la mener à l’autel de Dieu avec un cortège de bonnes actions, parmi les psaumes et les hymnes, et elle nous obtiendra tout de la part de Dieu.
Dieu pourrait-il refuser quelque chose à la prière qui monte vers lui en esprit et en vérité, alors que c’est lui-même qui l’a exigée ? Nous lisons, entendons et croyons tant de témoignages de son efficacité ! Déjà la prière ancienne délivrait du feu, des bêtes de la famine ; et pourtant, elle n’avait pas reçu sa forme du Christ. Combien plus grande est, par conséquent, l’efficacité de la prière chrétienne ! Elle n’envoie pas d’ange pour éteindre les flammes, elle ne ferme pas la gueule des lions, elle n’apporte pas de nourriture aux affamés, elle ne supprime aucune des passions des sens par un don de la grâce ; mais elle apprend la patience à ceux qui éprouvent une douleur et leur donne la foi qui fait comprendre ce que le Seigneur réserve à ceux qui souffrent pour le nom de Dieu. (…)
Toute créature prie. Les animaux domestiques et les bêtes sauvages prient et fléchissent les genoux. En sortant de leurs étables ou de leurs tanières, ce n’est pas pour rien qu’ils font vibrer l’air de leurs cris. Même les oiseaux qui volent dans le ciel étendent leurs ailes en forme de croix et disent quelque chose qui ressemble à une prière. Que dire encore en hommage à la prière ? Le Seigneur lui-même a prié, à lui honneur et puissance pour les siècles des siècles.
De la prière, 28-29 (in Lectures chrétiennes pour notre temps,
fiche U13; trad. Orval ; © 1970 Abbaye d'Orval)
Que la volonté de Dieu s’accomplisse en nous !
Aucun obstacle ne peut évidemment empêcher la volonté de Dieu de s’accomplir ; nous ne lui souhaitons pas davantage de succès dans l’exécution de ses desseins, mais nous demandons que sa volonté soit faite dans tous les hommes.
Derrière l’image de chair et d’esprit, c’est nous-mêmes qui sommes désignés par ciel et terre. Mais, même au sens obvie, la nature de la demande reste la même, c’est-à-dire, que la volonté de Dieu s’accomplisse en nous sur la terre, afin qu’elle puisse s’accomplir en nous, dans le ciel. Or, la volonté de Dieu, quelle est-elle, sinon que nous suivions les voies de son enseignement ? Nous le supplions donc de nous communiquer la substance et l’énergie de sa volonté, afin que nous soyons sauvés sur la terre et dans les cieux, car sa volonté essentielle est de sauver les enfants qu’il a adoptés. Cette volonté de Dieu, le Seigneur l’a réalisée par la parole, l’action et la souffrance. Dans ce sens il a dit qu’il faisait non pas sa volonté mais celle de son Père.
Il n’y a pas de doute qu’il faisait non pas sa volonté mais celle de son Père ; tel est aussi l’exemple qu’il nous donne aujourd’hui : prêcher, travailler, souffrir jusqu’à la mort. Pour l’accomplir, nous avons besoin de la volonté de Dieu. En disant : « Que ta volonté soit faite », nous nous félicitons de ce que la volonté de Dieu ne soit jamais un mal pour nous. De plus, nous nous encourageons nous-mêmes à la souffrance par ces paroles. Le Seigneur, pour nous montrer, au milieu des angoisses de sa Passion, que la faiblesse de notre chair se trouvait dans la sienne, dit lui aussi : « Père, éloigne ce calice. » Puis il se ravise : « Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. » (Lc 22,42) Il était lui-même la volonté et la puissance du Père ; mais pour nous apprendre à payer la dette de la souffrance, il se remet tout entier à la volonté du Père
De la prière, 1-10 (Le Pater expliqué par les Pères ; éd. franciscaines,
trad. A. Hamman, 1951, p. 16-17
Nous sommes appelés : frères !
Nous formons un seul corps par notre communauté de croyance, notre unité de discipline et notre communion d’espérance. Nous marchons ensemble comme une seule armée pour assiéger Dieu et lui forcer la main par nos prières. Cette violence est agréable à Dieu. Nous prions aussi pour les empereurs et pour leurs ministres, pour l’état présent du siècle et pour la paix. Nous nous assemblons pour nous remémorons les saintes Écritures dans lesquelles, selon les circonstances, nous trouvons lumières ou avertissements. Ces paroles sacrées nourrissent notre foi, relèvent notre espérance, affermissent notre confiance, resserrent notre discipline. C’est là que se font les exhortations, les corrections et les divins jugements. (…)
S’il y a une sorte de caisse commune, elle n’est pas constituée par une somme d’honoraires, comme si la religions était l’objet de commerce. Chacun paie tous les mois son modeste tribut, le jour où il veut, dans la mesure où il le peut et s’il le veut. Personne n’y est obligé ; on apporte spontanément sa part. (…) Cette pratique de la charité est celle qui nous marque le plus auprès de certains : « Voyez, disent-ils, comme ils s’aiment ! » Eux, en effet, se détestent mutuellement. « Voyez disent-ils, comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres ! » (…)
Par le droit de la nature, notre mère commune, nous sommes aussi vos frères, mais à combien plus forte raison sont appelés frères et considérés comme tels ceux qui reconnaissent Dieu comme leur seul Père, qui se sont abreuvés au même Esprit de sainteté, et qui, sortis du même sein de l’ignorance, se sont émerveillés devant la même lumière de vérité.
Apologétique 39,1-9
(in Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche W50;
trad. Orval ; © 1973 Abbaye d'Orval)