Simon et Jude
(1er siècle)
Saints, apôtres
Fête le 28.10
Ces deux Apôtres ont leur fête le même jour parce qu'ils ont travaillé ensemble à la conversion des païens.
Ils avaient l’un et l’autre un homonyme dans le collège des apôtres : d’où les surnoms qui leur furent attribués
Simon, qui était originaire de Cana, où Jésus changea l'eau en vin, reçut le surnom de Cananéen, pour le distinguer de Simon-Pierre, chef des Apôtres.
On le surnomma aussi le zélote à cause de ses convictions personnelles. Simon-le-Zélote, c’est-à-dire le militant nationaliste collabora avec Matthieu-le-Publicain ; et ça, ce ne fut pas le moindre des miracles de Jésus.
Jude reçu le surnom de Thaddée, donné pour le distinguer de Judas l’Iscariote. Il était frère de Jacques le Mineur et de Siméon, et comme eux, il était cousin du Sauveur. Avant son appel au ministère évangélique, il était agriculteur.
Jude n’a pas l’honneur d’être l’auteur de l’épître qui porte son nom, mais c’est lui qui reçut de Jésus la grande confidence : “Si quelqu’un m’aime... Nous viendrons en lui et Nous ferons chez lui Notre Demeure”.
Jude, après avoir prêché en Afrique avec beaucoup de succès, revint en Orient et annonça l'Évangile dans la Judée, la Samarie, la Syrie et la Mésopotamie.
Simon prêcha d'abord en Égypte, en Mauritanie, en Libye.
Simon et Jude se rejoignirent ensuite en Perse, et là ils combattirent et moururent ensemble.
Les choses extraordinaires que Dieu opéra par leurs mains les firent traiter avec respect par le roi de ce pays, qui leur laissa la liberté de prêcher leur doctrine si sainte et si nouvelle.
Un fait vint ajouter à leur prestige : deux tigres, échappés de leur cage, étaient la terreur du pays. Au nom de Jésus-Christ, les Apôtres commandèrent à ces bêtes féroces de les suivre, et ils les emmenèrent dans leur maison. Le roi, toute sa cour et plus de soixante mille Perses se firent chrétiens.
Des églises s'élevèrent sur les ruines des temples des idoles ; le triomphe du Christ était complet.
Mais l'ennemi des âmes déchaîna toute sa fureur pour arrêter les progrès de l'Évangile. Simon et Jude étant allés annoncer Jésus-Christ en d'autres villes, les païens voulurent les contraindre à sacrifier au soleil, qu'ils adoraient comme un dieu.
Alors que les prêtres des dieux les exhortaient à sacrifier :
« Le soleil, dit Simon, n'est que le serviteur de Dieu ; ce sont les démons qui résident en vos idoles ; je leur ordonne de sortir. » Et les démons, sous une forme horrible, sortirent des statues brisées.
Alors le peuple se jeta sur les deux Apôtres et les massacra, pendant qu'ils bénissaient Dieu et priaient pour leurs bourreaux
Abbé VALERIAN SAINTS SIMON ET JUDE APÔTRES ET MARTYRS
28 octobre 2026
EN CES DEUX APÔTRESLE ZÈLE DE LA FOI ET LE MYSTÈRE DE LA PRÉSENCE DIVINE
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DEUX APÔTRES DANS L’OMBRE DU GROUPE DES APÔTRES
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Parmi les douze Apôtres que le Seigneur Jésus choisit pour être les témoins de sa vie, les messagers de sa doctrine et les premiers ouvriers de son Église : « saint Simon » et « saint Jude »…
Ils occupèrent une place particulière… Leurs noms nous sont conservés dans les listes apostoliques ; mais, tandis que l’Évangile nous rapporte les paroles de Pierre, les interrogations de Thomas et les élans de Jean, il ne nous livre que peu de renseignements sur ces deux disciples.
Simon ne paraît guère que dans l’énumération des Douze… Par contre, Jude, lui que l’on appelait Thaddée, nous fait entendre sa voix, c’est au cours du discours de la dernière Cène.
L’histoire de leurs travaux apostoliques demeure obscure, et les traditions relatives à leur mort ne sont pas toutes d’une égale autorité…Cette discrétion des documents ne saurait toutefois diminuer la grandeur de leur vocation. La sainteté d’un Apôtre ne se mesure point à la place qu’il occupe dans le récit évangélique, mais à sa fidélité au Maître qui l’a choisi.
L’Église en occident célèbre leur fête le 28 octobre. Cette réunion liturgique correspond à une tradition ancienne qui les associe dans l’évangélisation de l’Orient et, particulièrement, de la Perse, où ils auraient reçu ensemble la couronne du martyre.
Les Évangiles rapprochent leurs noms dans les listes du Collège apostolique, sans nous raconter explicitement qu’ils aient exercé ensemble leur ministère. C’est la tradition ecclésiastique qui a progressivement uni leurs destinées, jusqu’à faire de leur mémoire commune une occasion de méditer sur la fidélité des témoins du Christ. Il convient donc de distinguer les indications certaines des Écritures, les souvenirs transmis par les anciens auteurs et les récits légendaires qui ont enrichi leur histoire au cours des siècles.
Simon, était surnommé le « Zélote », qui veut dire : « jaloux » et « défenseur intransigeant de la loi ». Il était membre d’un groupe juif qui prônait la stricte observance de la loi mosaïque et s’opposait par la violence à l’occupation romaine. (Ce groupe était à l’origine de la grande révolte de la Judée qui eut lieu sous Titus entre 66 et 73 après Jésus-Christ.)
Le « zélote », nous invite à considérer la transformation du zèle humain sous l’action de la grâce ; Jude, par la question qu’il adresse à Jésus durant la dernière Cène, nous introduit dans le mystère de la présence divine au cœur de l’âme fidèle.
L’un nous rappelle que la ferveur doit être soumise à la charité. L’autre nous enseigne que la connaissance de Dieu ne s’obtient pas par la seule évidence extérieure, mais par l’amour et l’observance de sa parole. Enfin, la tradition qui les unit dans la mission et dans le martyre nous montre ces deux serviteurs du Christ demeurant fidèles à leur vocation jusqu’au sacrifice suprême.
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SAINT SIMON, LE ZÉLÉ : L’ARDEUR CONSACRÉE À DIEU
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Saint Simon apparaît dans les quatre listes apostoliques. Saint Matthieu et saint Marc lui donnent le surnom de « Cananéen » ; saint Luc, dans son Évangile et dans les Actes des Apôtres, le désigne comme le « Zélote ». Ces appellations ont suscité diverses interprétations. Le terme employé par saint Luc exprime le zèle ; celui de saint Matthieu et de saint Marc ne doit pas nécessairement être compris comme une indication d’origine géographique. Selon l’explication traditionnelle, il s’agit plutôt de deux manières de rendre un surnom sémitique exprimant l’ardeur religieuse. Il demeure cependant impossible d’établir avec certitude si Simon avait appartenu au mouvement politique des Zélotes, dont certains membres s’opposaient violemment à la domination romaine.
L’hypothèse est séduisante, car elle permet d’entrevoir ce qu’aurait pu être le chemin intérieur de l’Apôtre. Peut-être avait-il nourri les espérances d’une délivrance temporelle d’Israël ; peut-être son surnom ne désignait-il qu’un homme d’une ferveur particulière pour la Loi et le culte du vrai Dieu. L’Évangile ne nous autorise pas à trancher. Il nous permet toutefois de contempler le terme de sa vocation : Simon fut choisi par le Christ et compta désormais parmi les Douze, auxquels le Seigneur confia la mission d’annoncer le Royaume.
La rencontre du Christ transforme le zèle sans en détruire l’ardeur. Ce qui était peut-être impatience de voir triompher une cause humaine devient service d’une vérité qui dépasse les frontières des peuples. Le Royaume de Dieu ne se confond pas avec la puissance d’un parti ni avec la victoire d’une nation ; il s’étend par la conversion des cœurs, la rémission des péchés et la charité. Si Simon avait été animé d’espérances politiques, il lui aurait fallu apprendre que la délivrance promise par le Sauveur était plus profonde que celle que peuvent procurer les armes : elle concerne l’homme tout entier, appelé à être réconcilié avec Dieu.
Il ne faut pourtant pas transformer cette méditation en récit historique. Aucun Évangile ne décrit les dispositions intérieures de Simon avant sa vocation, ni ne nous raconte les étapes de son évolution spirituelle. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que le surnom par lequel l’Église le désigne se prête à une leçon toujours actuelle : le zèle, pour être véritablement chrétien, doit être éclairé par la vérité, réglé par la prudence et animé par la charité. Une ardeur qui se laisse dominer par la colère risque de servir les passions de l’homme au lieu de servir Dieu ; une ferveur docile à la grâce devient courage dans l’épreuve, persévérance dans le devoir et dévouement au salut des âmes.
L’histoire personnelle de Simon demeure ensuite presque entièrement inconnue. Certains auteurs anciens l’ont identifié au Simon mentionné parmi les proches de Jésus dans l’Évangile selon saint Matthieu ; d’autres traditions l’ont confondu avec Simon, fils de Clopas, associé à la succession de saint Jacques à la tête de l’Église de Jérusalem. Ces identifications ne sont pas suffisamment assurées pour être reçues comme des faits établis. Il faut également se garder d’attribuer à l’Apôtre des itinéraires précis que les textes canoniques ne rapportent pas. Les traditions relatives à son apostolat en Égypte, en Cyrénaïque, en Mésopotamie et en Perse appartiennent à l’histoire ancienne de son culte, mais ne peuvent toutes être vérifiées.
Ainsi, Simon demeure l’un des Apôtres les moins connus, mais son nom n’en a pas moins traversé les siècles. La tradition lui a même attribué l’un des articles du Symbole des Apôtres, sans que l’on puisse historiquement répartir entre les Douze la composition de cette profession de foi. Cette attribution exprime moins un souvenir biographique précis que la conviction de l’Église : Simon fut, avec les autres Apôtres, un témoin de la foi reçue du Christ et transmise aux générations chrétiennes.
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SAINT JUDE THADDÉE : LE DISCIPLE QUI INTERROGE LE SEIGNEUR
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L’identité de saint Jude exige une précision préalable. Son nom est Judas, comme celui de l’Apôtre qui livra Jésus ; mais les Évangiles le distinguent de l’Iscariote par le surnom de Thaddée ou par une indication de parenté. Saint Matthieu et saint Marc le nomment Thaddée ; saint Luc parle de « Judas, fils de Jacques » selon la traduction habituelle du texte grec ; saint Jean l’appelle « Judas, non pas l’Iscariote » (Jn 14, 22). Ces désignations rappellent la nécessité de ne pas confondre le disciple fidèle avec celui dont le nom demeure attaché à la trahison.
La tradition a également cherché à préciser sa parenté avec Jésus. Jude a souvent été tenu pour un proche parent du Seigneur, et certains auteurs anciens l’ont identifié à l’un des personnages appelés « frères » de Jésus dans les Évangiles. Les généalogies proposées font intervenir Cléophas ou Alphée, ainsi que Marie de Cléophas, mais les rapports exacts entre ces personnes ne sont pas établis avec certitude par les textes canoniques. Il convient donc de rapporter ces traditions sans leur donner une assurance que les sources ne permettent pas.
Les circonstances de sa vocation nous sont également inconnues. Des écrits ecclésiastiques anciens le présentent comme un homme occupé à la culture des champs ; d’autres traditions lui attribuent une épouse et des enfants. Ces renseignements, transmis par des ouvrages postérieurs à l’époque apostolique, ne possèdent pas tous la même valeur historique. Ils rappellent néanmoins une vérité essentielle : le Seigneur a choisi ses Apôtres parmi les hommes de leur temps, avec leurs occupations, leurs familles et leurs espérances, pour en faire les témoins d’une parole qui devait atteindre toutes les nations.
C’est toutefois au cours de la dernière Cène que Jude apparaît sous le jour le plus personnel. Jésus vient d’annoncer à ses disciples qu’il se manifestera à ceux qui l’aiment et gardent sa parole. Il leur promet que le Père et le Fils viendront établir en eux leur demeure. Cette révélation surprend Jude, qui semble attendre une manifestation plus éclatante du Messie. Aussi interroge-t-il le Seigneur : « Seigneur, d’où vient que vous devez vous manifester à nous, et non pas au monde ? » (Jn 14, 22).
Cette question exprime une attente profondément humaine. Comment le Sauveur du monde pourrait-il demeurer caché au monde ? Comment la vérité qui doit éclairer les nations ne se manifesterait-elle pas avec une évidence capable de convaincre tous les hommes ? Jude ne paraît pas mettre en doute la mission du Christ ; il cherche à comprendre la manière dont elle s’accomplira. Son interrogation donne ainsi accès à l’un des mystères les plus délicats du discours de la dernière Cène : celui d’une présence divine qui ne s’impose pas comme un spectacle, mais se révèle dans l’intimité de l’âme qui aime.
La réponse de Jésus est décisive : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14, 23). Le Seigneur ne promet pas une manifestation extérieure qui contraindrait les consciences ; il annonce une communion intérieure, dont l’amour et l’obéissance sont les conditions. Dieu ne ferme pas son Royaume au monde : il appelle tous les hommes à la foi. Mais cette présence ne peut être reçue comme une simple évidence imposée du dehors ; elle demande l’accueil de la parole, la fidélité des œuvres et l’ouverture du cœur à la grâce.
Cette réponse contient une leçon qui dépasse de beaucoup la circonstance où elle fut prononcée. Nous voudrions volontiers que les desseins de Dieu nous fussent clairement dévoilés, que la vérité triomphât sans délai et que la Providence justifiât immédiatement toutes ses voies. Or le Seigneur demande souvent à ses disciples de marcher dans une lumière suffisante pour le suivre, sans leur accorder une connaissance complète de ses conseils. La foi n’est pas la négation de l’intelligence ; elle est son humble soumission à la sagesse divine, lorsque celle-ci dépasse ce que l’homme peut comprendre.
Bossuet a admirablement tiré de cette scène une leçon de confiance et d’abandon. Dans ses Méditations sur l’Évangile, il fait entendre cette exhortation : « Ne demandez pas ce qu’il ne vous est pas réservé de savoir. Ne cherchez pas la cause de la préférence. Adorez mes conseils. » Ces paroles ne condamnent pas toute recherche ; elles rappellent que l’intelligence chrétienne doit savoir reconnaître ses limites et s’incliner devant la sagesse de Dieu.
Le même enseignement se retrouve dans cette autre formule du grand évêque : « Apprenons de ce saint apôtre Jude à demeurer en repos, non sur l’évidence d’une réponse précise, mais sur l’impénétrable hauteur d’une vérité cachée. » Le repos dont il est ici question n’est ni passivité ni indifférence. Il est la paix d’une âme qui continue de chercher la vérité, mais qui ne fait pas dépendre sa fidélité de la satisfaction de toutes ses questions. Jude nous apprend à interroger le Seigneur avec simplicité, puis à recevoir sa réponse dans l’obéissance et l’amour.
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L’ÉPÎTRE DE JUDE : GARDER LE DÉPÔT DE LA FOI
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Une autre source mérite de retenir l’attention : l’épître catholique qui porte le nom de Jude. Son auteur se présente comme « Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques » (Jude 1). La tradition catholique ancienne l’a communément attribuée à l’Apôtre ; l’identification précise de son auteur a toutefois fait l’objet de discussions exégétiques. Il convient donc de distinguer la réception de cette lettre par l’Église de la question historique, plus délicate, de sa rédaction.
Cette épître, brève mais vigoureuse, exhorte les fidèles à demeurer fermes dans la foi reçue et à se garder des faux docteurs qui troublent les communautés chrétiennes. Son auteur dénonce les conduites contraires à l’Évangile et rappelle, à l’aide d’exemples tirés de l’Écriture et de traditions anciennes, que la liberté chrétienne ne saurait devenir un prétexte au désordre moral. La foi ne se réduit pas à une adhésion intellectuelle : elle réclame une vie conforme à la parole de Dieu.
L’exhortation conserve toute sa portée. Le chrétien ne peut séparer la vérité qu’il professe de la manière dont il vit. Il ne suffit pas de se réclamer du Christ ; il faut garder ses commandements, pratiquer la charité et demeurer fidèle à l’enseignement apostolique. Ainsi, l’épître attribuée à Jude rejoint l’enseignement de la dernière Cène : celui qui aime le Seigneur garde sa parole. La fidélité doctrinale et la fidélité morale ne sont pas deux exigences étrangères l’une à l’autre ; elles procèdent d’un même attachement au Christ.
Nous ne possédons pas de récit certain qui permette de rattacher chaque étape de la rédaction de cette lettre aux voyages de l’Apôtre. Il serait donc imprudent de présenter sa composition comme un épisode précisément daté de son apostolat. Il demeure néanmoins légitime de rapprocher son exhortation de la mission confiée aux Douze : conserver la foi reçue, la transmettre sans la dénaturer et rappeler aux communautés chrétiennes que la grâce appelle à une véritable conversion de vie.
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L’APOSTOLAT EN ORIENT : ENTRE MÉMOIRE ANCIENNE ET TRADITION HAGIOGRAPHIQUE
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Après la Résurrection et l’Ascension, les Apôtres se dispersèrent pour annoncer l’Évangile. Les renseignements relatifs aux voyages de Simon et de Jude sont cependant fragmentaires. Les traditions les font passer par diverses régions de l’Orient et les réunissent finalement en Perse. C’est là, selon le récit le plus répandu en Occident, qu’ils auraient travaillé ensemble à la conversion des populations et subi le martyre.
Les récits détaillés de leur mission proviennent notamment des Actes apocryphes de Simon et de Jude et de compilations hagiographiques postérieures. Parmi les épisodes les plus célèbres figure celui du général Varadach, dont l’armée se préparait à combattre les Indiens. Les devins et les prêtres païens auraient été incapables de consulter leurs oracles en présence des Apôtres. Simon et Jude auraient annoncé le retour des soldats et la conclusion d’une paix favorable ; l’événement se serait produit comme ils l’avaient prédit. Le général et plusieurs personnages de la cour auraient alors accueilli favorablement leur prédication.
Les mêmes récits attribuent aux deux missionnaires des miracles nombreux et rapportent la conversion d’une foule d’habitants. Ils évoquent même des bêtes féroces rendues inoffensives par leur intervention. Ces épisodes appartiennent à la tradition hagiographique ; l’historien ne peut les recevoir tous comme des faits démontrés. Ils témoignent cependant de la manière dont les communautés chrétiennes ont voulu exprimer la puissance de l’Évangile et la fécondité de l’œuvre apostolique.
L’intérêt de ces traditions ne réside pas seulement dans leur merveilleux. Elles présentent les Apôtres confrontés à des croyances païennes, à des pouvoirs établis et à des hommes qui cherchent dans les oracles la connaissance de l’avenir. Face à ces pratiques, les disciples annoncent le Dieu vivant, qui ne se laisse pas enfermer dans les représentations humaines et appelle les peuples à la vérité. Leur autorité ne vient ni des armes ni de la puissance politique ; elle procède de la mission reçue du Christ et du témoignage qu’ils rendent à sa Résurrection.
La tradition orientale et occidentale n’est pas uniforme quant aux lieux parcourus par Simon et Jude, ni quant aux circonstances de leur mort. La Perse occupe une place importante dans le récit latin, mais d’autres traditions évoquent d’autres contrées. Il faut donc éviter de présenter comme définitivement établi l’itinéraire de leurs voyages. Ce que la mémoire liturgique a retenu avec constance, c’est l’association de leurs noms dans l’annonce de l’Évangile et dans le témoignage suprême de la foi.
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LE MARTYRE DES DEUX APÔTRES
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Selon la tradition la plus répandue en Occident, Simon et Jude furent arrêtés en Perse à l’instigation de prêtres païens. On leur aurait demandé d’offrir un sacrifice aux idoles ; les Apôtres auraient refusé de renier le Christ. Les récits apocryphes rapportent alors des prodiges, la destruction de statues et l’effondrement de temples, qui auraient soulevé la colère de la foule. Les deux missionnaires auraient finalement été mis à mort. Le lieu exact, la date et les circonstances précises de leur supplice ne peuvent cependant être établis avec certitude.
L’iconographie chrétienne représente souvent saint Simon tenant une scie, instrument auquel la tradition rattache son martyre. Saint Jude est figuré avec une massue, une lance ou une croix. Ces attributs traduisent la réception des récits traditionnels dans l’art chrétien ; ils ne constituent pas une preuve indépendante du genre de supplice subi par chacun. La prudence historique doit donc accompagner la dévotion, sans toutefois faire oublier la signification profonde de leur mémoire.
Le martyre est le témoignage suprême rendu au Christ. L’Apôtre ne proclame pas une doctrine abstraite : il annonce Celui qu’il a reçu mission de faire connaître. Sa mort ne confère pas à la vérité une autorité nouvelle ; elle manifeste la force de l’amour qui demeure fidèle lorsque la profession de foi expose au péril. En Simon, la tradition contemple l’ardeur du zèle portée jusqu’au sacrifice ; en Jude, elle reconnaît le disciple qui, après avoir interrogé son Maître sur le mystère de sa manifestation, demeure attaché à lui jusqu’à la mort.
Les deux Apôtres se trouvent ainsi unis dans la mémoire de l’Église par la mission et par le témoignage. L’histoire ne nous permet pas de reconstituer tous les détails de leur fin ; elle nous invite cependant à contempler ce que signifie leur culte. La fidélité chrétienne ne dépend ni de la célébrité ni de la reconnaissance du monde. Elle se mesure à la constance avec laquelle une âme demeure attachée au Christ, dans les heures de lumière comme dans celles de l’épreuve.
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LE CULTE DES SAINTS SIMON ET JUDE
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La tradition relative aux reliques des deux Apôtres rapporte que leurs corps auraient été conservés en Orient avant d’être transférés à Rome. Leur mémoire est aujourd’hui étroitement associée à la basilique Saint-Pierre, où leurs reliques sont vénérées. La basilique Saint-Sernin de Toulouse est également liée à une ancienne tradition de reliques apostoliques. Comme souvent dans l’histoire de ces translations, toutes les étapes ne sont pas documentées avec la précision que souhaiterait l’historien ; elles témoignent néanmoins de la diffusion et de l’ancienneté du culte rendu aux deux Apôtres.
La liturgie latine célèbre leur fête le 28 octobre. La piété populaire a, au fil des siècles, développé des formes particulières de dévotion envers chacun d’eux. Saint Simon est traditionnellement le patron de certains métiers, notamment celui des scieurs de bois, en raison de l’instrument associé à son martyre. Saint Jude est spécialement invoqué dans les causes difficiles ou désespérées. Cette dévotion ne signifie pas que la prière puisse contraindre Dieu à satisfaire tous nos désirs ; elle exprime la confiance des fidèles qui, dans leurs épreuves, demandent l’intercession d’un Apôtre dont la mémoire est liée à la persévérance et à l’espérance.
La fête commune de Simon et de Jude nous invite enfin à recueillir leur double leçon. Simon nous enseigne le zèle : non une ardeur aveugle, mais une ferveur purifiée par la charité et soumise à la volonté divine. Jude nous enseigne l’abandon : non le renoncement à toute intelligence, mais la confiance de celui qui cherche à comprendre sans exiger que tous les desseins de Dieu lui soient dévoilés. L’un nous rappelle que la force de l’âme doit être consacrée au service du Seigneur ; l’autre, que la paix véritable naît de l’amour et de la fidélité à sa parole.
En honorant ces deux Apôtres, demandons la grâce d’une foi ferme, d’un zèle éclairé et d’une confiance qui ne se trouble pas lorsque la Providence demeure mystérieuse. Puissions-nous apprendre à servir sans rechercher la gloire, à croire sans exiger que tout nous soit expliqué, et à demeurer fidèles au Christ jusque dans l’épreuve. Car la véritable grandeur des saints ne réside pas dans le bruit de leur renommée, mais dans leur appartenance au Seigneur ; et leur victoire la plus haute est celle de la charité qui persévère jusqu’au bout.
Abbé Valérian
28 octobre 2026
NOTES ET RÉFÉRENCES
(1). Écriture sainte. — Matthieu, X, 2-4 ; XIII, 55 ; Marc, III, 16-19 ; Luc, VI, 15-16 ; Actes des Apôtres, I, 13 ; Jean, XIV, 21-23 ; Épître de Jude, 1-25.
(2). Bossuet, Jacques-Bénigne. — Méditations sur l’Évangile.
Les deux passages cités dans l’article sont reproduits dans la notice « Saint Jude » du site Nominis, Conférence des évêques de France.
(3). Constitutions apostoliques. — Ouvrage ecclésiastique ancien, généralement daté du IVᵉ siècle, cité dans la tradition hagiographique à propos des occupations des Apôtres.
(4). Eusèbe de Césarée. — Histoire ecclésiastique, livre III, chapitres 19-20, pour la tradition relative aux descendants de Jude et aux événements survenus sous Domitien.
(5). Camerlynck, Achille. — « Epistle of St. Jude », The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910. Édition électronique : New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/08542b.htm.
(6). Acta Sanctorum. — Tome XII du mois d’octobre, Bruxelles, 1884. Recueil hagiographique cité dans la documentation traditionnelle relative à saint Simon et à saint Jude.
(7). Guérin, Paul, Mgr. — Les Petits Bollandistes : vies des saints, tome XIII, Paris, 1897.
(. Tillemont, Louis-Sébastien Le Nain de. — Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, tome I, Paris, 1701.
(9). Pétin, L.-M. — Dictionnaire hagiographique, tome II, Paris, 1850.
(10). Érmoni, V. — Article « Jude », dans le Dictionnaire de la Bible, tome III, Paris, 1910.
(11). Colon, J.-B. — Article « Épître de Jude », dans le Dictionnaire de théologie catholique, tome VIII, Paris, 1925.
(12). Vatican News. — « Saints Simon et Jude (Thaddée), apôtres », notice du 28 octobre. https://www.vaticannews.va/.../saints-simon-et-jude....
(13). Conférence des évêques de France, Nominis. — « Saint Jude ». https://nominis.cef.fr/contenus/saint/2092/Saint-Jude.html.
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