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Thérèse de l'ENFANT JESUS

Thérèse de l'ENFANT JESUS

(1873-1897)

écrits

Sainte, carmélite, docteur de l'Église

« Jésus dormait sur le coussin à l'arrière »

 

J'aurais dû, ma Mère chérie, vous parler de la retraite qui précéda ma profession. Elle fut loin de m'apporter des consolations ; l'aridité la plus absolue et presque l'abandon furent mon partage. Jésus dormait comme toujours dans ma petite nacelle ; ah, je vois bien que rarement les âmes le laissent dormir tranquillement en elles. Jésus est si fatigué de toujours faire des frais et des avances qu'il s'empresse de profiter du repos que je lui offre. Il ne se réveillera pas sans doute avant ma grande retraite de l'éternité, mais au lieu de me faire de la peine cela me fait un extrême plaisir

Vraiment je suis loin d'être une sainte, rien que cela en est une preuve. Je devrais, au lieu de me réjouir de ma sécheresse, l'attribuer à mon peu de ferveur et de fidélité, je devrais me désoler de dormir (depuis sept ans) pendant mes oraisons et mes actions de grâces. Eh bien, je ne me désole pas : je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu'ils dorment que lorsqu'ils sont éveillés ; je pense que pour faire des opérations, les médecins endorment leurs malades. Enfin je pense que « Le Seigneur voit notre fragilité, qu'il se souvient que nous ne sommes que poussière » (Ps 102,14).

Ma retraite de profession fut donc, comme toutes celles qui la suivirent, une retraite de grande aridité. Cependant, le Bon Dieu me montrait clairement, sans que je m'en aperçoive, le moyen de lui plaire et de pratiquer les plus sublimes vertus. J'ai remarqué bien des fois que Jésus ne veut pas me donner de provisions : il me nourrit à chaque instant d'une nourriture toute nouvelle ; je la trouve en moi sans savoir comment elle y est. Je crois tout simplement que c'est Jésus lui-même caché au fond de mon pauvre petit cœur qui me fait la grâce d'agir en moi et me fait penser tout ce qu'il veut que je fasse au moment présent.

Manuscrit autobiographique A, 75 v° - 76 r°

Le bon usage des richesses

 

Ô Jésus, je le sais, l'amour ne se paie que par l'amour, aussi j'ai cherché, j'ai trouvé le moyen de soulager mon cœur en te rendant Amour pour Amour. « Employez les richesses qui rendent injustes à vous faire des amis qui vous reçoivent dans les tabernacles éternels » (Lc 16,9). Voilà, Seigneur, le conseil que tu donnes à tes disciples après leur avoir dit que « les enfants de ténèbres sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière ». Enfant de lumière, j'ai compris que mes désirs d'être tout, d'embrasser toutes les vocations, étaient des richesses qui pourraient bien me rendre injuste, alors je m'en suis servie à me faire des amis... Me souvenant de la prière d'Élisée à son père Élie lorsqu'il osa lui demander son « double esprit » (2R 2,9), je me suis présentée devant les Anges et les Saints, et je leur ai dit : « Je suis la plus petite des créatures, je connais ma misère et ma faiblesse, mais je sais aussi combien les cœurs nobles et généreux aiment à faire du bien, je vous supplie donc, ô Bienheureux habitants du Ciel, je vous supplie de m'adopter pour enfant. À vous seuls sera la gloire que vous me ferez acquérir, mais daignez exaucer ma prière ; elle est téméraire, je le sais, cependant j'ose vous demander de m'obtenir votre double Amour. »

Manuscrit autobiographique B, 4r° (in Manuscrits autobiographiques,
coll. Livre de vie; Office central de Lisieux 1957; p.227-228)

« Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête »

 

Rappelle-toi de la gloire du Père

Rappelle-toi des divines splendeurs

Que tu quittas t'exilant sur la terre

Pour racheter tous les pauvres pécheurs

Ô Jésus ! t'abaissant vers la Vierge Marie

Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie

Ah ! du sein maternel

Qui fut ton second Ciel

Rappelle-toi…

Rappelle-toi que sur d'autres rivages

Les astres d'or et la lune d'argent

Que je contemple en l'azur sans nuages

Ont réjoui, charmé tes yeux d'Enfant

De ta petite main qui caressait Marie

Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.

Et tu pensais à moi,

Jésus, mon petit Roi

Rappelle-toi.

Rappelle-toi que dans la solitude

Tu travaillais de tes divines mains

Vivre oublié fut ta plus douce étude

Tu rejetas le savoir des humains

Ô Toi ! qui d'un seul mot pouvais charmer le monde

Tu te plus à cacher ta sagesse profonde.

Tu parus ignorant,

Ô Seigneur Tout-Puissant !

Rappelle-toi

Rappelle-toi qu'étranger sur la terre,

Tu fus errant, toi le Verbe Éternel

Tu n'avais rien ; non, pas même une pierre

Pas un abri, comme l'oiseau du ciel.

Ô Jésus ! viens en moi, viens reposer ta Tête

Viens, à te recevoir mon âme est toute prête

Mon Bien-Aimé Sauveur

Repose dans mon cœur

Il est à Toi.

Poésie « Jésus mon bien-aimé, rappelle-toi ! » ; str. 1, 6-8

Comment ne pas t'aimer, Marie, ô notre Mère ?

 

Oh ! je voudrais chanter, Marie, pourquoi je t'aime

Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur

Et pourquoi la pensée de ta grandeur suprême

Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur.

Si je te contemplais dans ta sublime gloire

Et surpassant l'éclat de tous les bienheureux

Que je suis ton enfant je ne pourrais le croire

O Marie, devant toi, je baisserais les yeux !...

Il faut pour qu'un enfant puisse chérir sa mère

Qu'elle pleure avec lui, partage ses douleurs

O ma Mère chérie, sur la rive étrangère

Pour m'attirer à toi, que tu versas de pleurs !....

En méditant ta vie dans le saint Evangile

J'ose te regarder et m'approcher de toi

Me croire ton enfant ne m'est pas difficile

Car je te vois mortelle et souffrant comme moi... (…)

O Vierge Immaculée, des mères la plus tendre

En écoutant Jésus, tu ne t'attristes pas

Mais tu te réjouis qu'Il nous fasse comprendre

Que notre âme devient sa famille ici-bas

Oui tu te réjouis qu'Il nous donne sa vie,

Les trésors infinis de sa divinité !...

Comment ne pas t'aimer, ô ma Mère chérie

En voyant tant d'amour et tant d'humilité ?

Tu nous aimes, Marie, comme Jésus nous aime

Et tu consens pour nous à t'éloigner de Lui.

Aimer c'est tout donner et se donner soi-même

Tu voulus le prouver en restant notre appui.

Le Sauveur connaissait ton immense tendresse

Il savait les secrets de ton cœur maternel

Refuge des pécheurs, c'est à toi qu'Il nous laisse

Quand Il quitte la Croix pour nous attendre au Ciel. (…)

La maison de Saint Jean devient ton seul asile

Le fils de Zébédée doit remplacer Jésus...

C'est le dernier détail que donne l'Evangile

De la Reine des Cieux il ne me parle plus

Mais son profond silence, ô ma Mère chérie

Ne révèle-t-il pas que Le Verbe Eternel

Veut Lui-même chanter les secrets de ta vie

Pour charmer tes enfants, tous les Elus du Ciel ?

Poésie 54, ‟Pourquoi je t'aime, ô Marie”
( Poésies, un cantique d’amour ; éd. du Cerf, 1979, p. 242-248)

« Laissez les enfants venir à moi »

 

Vous le savez, ma Mère, j'ai toujours désiré d'être une sainte ; mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants. Au lieu de me décourager, je me suis dit : le bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables ; je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté. Me grandir, c'est impossible ; je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections. Mais je veux chercher le moyen d'aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle

Nous sommes dans un siècle d'inventions ; maintenant, ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier ; chez les riches, un ascenseur le remplace avantageusement. Moi, je voudrais trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j'ai recherché dans les Livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir ; et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi » (Pr 9,4).

Alors je suis venue, devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais. Et voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout-petit qui répondrait à votre appel, j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai ; je vous porterai sur mon sein, je vous balancerai sur mes genoux » (Is 66,13). Ah, jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme ; l'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! Je veux « chanter vos miséricordes » ! (Ps 88,2 Vulg)

Manuscrit autobiographique C, 2 v°-3 r

« Zachée, descends vite »

 

Jésus nous a attirées ensemble, quoique par des voies différentes ; ensemble il nous a élevées au-dessus de toutes les choses fragiles de ce monde dont la figure passe ; il a mis pour ainsi dire toutes choses sous nos pieds. Comme Zachée nous sommes montées sur un arbre pour voir Jésus. Alors nous pouvions dire avec St Jean de la Croix : « Tout est à moi, tout est pour moi, la terre est à moi, les cieux à moi, Dieu est à moi et la Mère de mon Dieu est à moi » ...

Céline, quel mystère que notre grandeur en Jésus ! Voilà tout ce que Jésus nous a montré en nous faisant monter sur l'arbre symbolique dont je parlais tout à l'heure. Et maintenant quelle science va-t-il nous enseigner ? Ne nous a-t-il pas tout appris ? Ecoutons ce qu'il nous dit : « Hâtez-vous de descendre, il faut que je loge aujourd'hui chez vous ». Eh quoi ! Jésus nous dit de descendre. Où donc faut-il descendre ? Céline, tu le sais mieux que moi, cependant laisse-moi te dire où nous devons maintenant suivre Jésus. Autrefois les juifs demandaient à notre divin Sauveur : « Maître, où logez-vous ? » et il leur répondit : « Les renards ont leur tanière, les oiseaux du ciel leurs nids et moi je n'ai pas où reposer la tête » (Mt 8,20). Voilà où nous devons descendre afin de pouvoir servir de demeure à Jésus. Etre si pauvre que nous n'ayons pas où reposer la tête.

Lettre 137, à sa sœur, Céline (in OC, Cerf DDB 1992, p. 452)

« Le règne de Dieu est au milieu de vous »

 

C'est par-dessus tout l'Évangile qui m'entretient pendant mes oraisons, en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme. J'y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux...

Je comprends et je sais par expérience que « le Royaume de Dieu est au-dedans de nous ». Jésus n'a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes, lui le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles. Jamais je ne l'ai entendu parler, mais je sens qu'il est en moi ; à chaque instant, il me guide, m'inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j'en ai besoin des lumières que je n'avais pas encore vues ; ce n'est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu'elles sont le plus abondantes, c'est plutôt au milieu des occupations de ma journée

Manuscrit autobiographique A, 83 v

La banque de l'amour

 

« Mes pensées ne sont pas vos pensées », dit le Seigneur (Is 55,8). Le mérite ne consiste pas à faire ni à donner beaucoup, mais plutôt à recevoir, à aimer beaucoup. Il est dit que c'est bien plus doux de donner que de recevoir (Ac 20,35), et c'est vrai, mais alors, quand Jésus veut prendre pour lui la douceur de donner, ce ne serait pas gracieux de refuser. Laissons-le prendre et donner tout ce qu'il voudra. La perfection consiste à faire sa volonté, et l'âme qui se livre entièrement à lui est appelée par Jésus lui-même « sa mère, sa sœur » et toute sa famille (Mt 12,50). Et ailleurs : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, c'est-à-dire il fera ma volonté et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23). Oh, comme c'est facile de plaire à Jésus, de ravir son cœur, il n'y a qu'à l'aimer sans se regarder soi-même, sans trop examiner ses défauts.

Ta Thérèse ne se trouve pas dans les hauteurs en ce moment, mais Jésus lui apprend à tirer profit de tout, du bien et du mal qu'elle trouve en soi. Il lui apprend à jouer à la banque de l'amour, ou plutôt non, il joue pour elle sans lui dire comment il s'y prend car cela est son affaire et non pas celle de Thérèse ; ce qui la regarde c'est de s'abandonner, de se livrer sans rien réserver, pas même la jouissance de savoir combien la banque lui rapporte...

En effet les directeurs [spirituels] font avancer dans la perfection en faisant faire un grand nombre d'actes de vertus et ils ont raison, mais mon directeur qui est Jésus ne m'apprend pas à compter mes actes ; il m'enseigne à faire tout par amour, à ne lui rien refuser, à être contente quand il me donne une occasion de lui prouver que je l'aime, mais cela se fait dans la paix, dans l'abandon, c'est Jésus qui fait tout et moi je ne fais rien.

Lettre 142

« Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1,49)

 

Oh ! Je t'aime, Marie, te disant la servante
Du Dieu que tu ravis par ton humilité (Lc 1,38)
Cette vertu cachée te rend toute-puissante
Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité
Alors l'Esprit d'Amour te couvrant de son ombre (Lc 1,35)
Le Fils égal au Père en toi s'est incarné
De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre
Puisqu'on doit l'appeler : Jésus, ton premier-né ! (Lc 2,7)

O Mère bien-aimée, malgré ma petitesse
Comme toi je possède en moi le Tout-Puissant
Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :
Le trésor de la mère appartient à l'enfant
Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie.
Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?
Aussi lorsqu'en mon cœur descend la blanche hostie
Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !

Tu me le fais sentir, ce n'est pas impossible
De marcher sur tes pas, ô Reine des élus.
L'étroit chemin du Ciel, tu l'as rendu visible
En pratiquant toujours les plus humbles vertus.
Auprès de toi, Marie, j'aime à rester petite,
Des grandeurs d'ici-bas je vois la vanité,
Chez sainte Élisabeth, recevant ta visite,
J'apprends à pratiquer l'ardente charité.

Là j'écoute ravie, douce Reine des anges,
Le cantique sacré qui jaillit de ton cœur (Lc 1,46s)
Tu m'apprends à chanter les divines louanges
A me glorifier en Jésus mon Sauveur.
Tes paroles d'amour sont de mystiques roses
Qui doivent embaumer les siècles à venir.
En toi le Tout-Puissant a fait de grandes choses
Je veux les méditer, afin de l'en bénir.

 Poésie « Pourquoi je t'aime, ô Marie »,
strophes 4-7 (OC, Cerf DDB 1992, p. 751)

La mission de l’Amour

 

Malgré ma petitesse je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi, Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques. Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Évangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées. Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles. Ô mon Jésus ! à toutes mes folies que vas-tu répondre ? Y a-t-il une âme plus petite, plus impuissante que la mienne ! Cependant à cause même de ma faiblesse, tu t’es plu, Seigneur, à combler mes petits désirs enfantins, et tu veux aujourd’hui, combler d’autres désirs plus grands que l’univers. (…)

La charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un cœur, et que ce cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’amour venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les martyrs refuseraient de verser leur sang. Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot, qu’il était éternel. Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : “Ô Jésus, mon amour ; ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour. Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée. Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’amour ; ainsi je serai tout, ainsi mon rêve sera réalisé”.

Lettre à sœur Marie du Sacré-Cœur, 8/9/1896
(in Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche W13;
trad. Orval ; © 1970 Abbaye d'Orval)

« Laisse-lui encore ton manteau »

 

Vivre d'Amour, c'est donner sans mesure
Sans réclamer de salaire ici-bas.
Ah ! sans compter je donne, étant bien sûre
Que lorsqu'on aime, on ne calcule pas !
Au Coeur Divin, débordant de tendresse,
J'ai tout donné.... légèrement je cours
Je n'ai plus rien que ma seule richesse :
Vivre d'Amour.

Vivre d'Amour, c'est bannir toute crainte,
Tout souvenir des fautes du passé.
De mes péchés je ne vois nulle empreinte,
En un instant l'amour a tout brûlé !
Flamme divine, ô très douce fournaise,
En ton foyer je fixe mon séjour.
C'est en tes feux que je chante à mon aise (cf Dn 3,51) :
« Je vis d'Amour ! »...

« Vivre d'Amour, quelle étrange folie ! »
Me dit le monde. « Ah ! cessez de chanter,
« Ne perdez pas vos parfums, votre vie :
« Utilement sachez les employer ! »
T'aimer, Jésus, quelle perte féconde !
Tous mes parfums sont à toi sans retour,
Je veux chanter en sortant de ce monde :
« Je meurs d'Amour ! »

Aimer c'est tout donner et se donner soi-même.

Poésies « Vivre d'amour » et « Pourquoi je t'aime, ô Marie »
(OC, Cerf DDB 1996, p. 668)

« ' Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes. ' Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir » (Jn 12 ,32-33)

 

Il est sur cette terre
Un Arbre merveilleux
Sa racine, ô mystère !
Se trouve dans les cieux.

Jamais sous son ombrage
Rien ne saurait blesser ;
Là, sans craindre l'orage
On peut se reposer.

De cet Arbre ineffable
L'Amour voilà le nom,
Et son fruit délectable
S'appelle l'abandon.

Ce fruit dès cette vie
Me donne le bonheur ;
Mon âme est réjouie
Par sa divine odeur.

Ce fruit, quand je le touche,
Me paraît un trésor ;
Le portant à ma bouche,
Il m'est plus doux encor.

Il me donne en ce monde
Un océan de paix ;
En cette paix profonde
Je repose à jamais.

Seul l'abandon me livre
En tes bras, ô Jésus.
C'est lui qui me fait vivre
De la vie des élus.

Poésie 52 « L'Abandon est le fruit délicieux de l'amour »