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Zenon de VERONE

Zénon de Vérone

 (300-371)

Ecrits 

Evêque

« Il fut saisi de compassion envers eux »

 

Ô charité, que tu es bonne et riche ! que tu es puissante ! Il ne possède rien, celui qui ne te possède pas. C'est toi qui as pu faire de Dieu un homme. Tu l'as fait s'abaisser et s'éloigner pour un temps de son immense majesté. Tu l'as retenu prisonnier neuf mois dans le sein de la Vierge. Tu as guéri Ève en Marie. Tu as renouvelé Adam dans le Christ. Tu as préparé la croix pour le salut du monde déjà perdu.

Ô amour, c'est toi qui, pour vêtir celui qui est nu, te contentes d'être nue. Pour toi, la faim est un repas abondant, si un pauvre affamé a mangé ton pain. Ta fortune consiste à destiner tout ce que tu possèdes à la miséricorde. Toi seule tu ne te fais pas prier. Les opprimés, tu les secours sans retard, même à tes dépens, quelle que soit la détresse où ils sont plongés. C'est toi l'œil des aveugles, le pied des boiteux, le bouclier très fidèle des veuves et des orphelins. Tu aimes tes ennemis de telle façon que nul ne discerne quelle différence il y a pour toi entre eux et tes amis

C'est toi, ô charité, qui unis les mystères célestes aux choses humaines, et les mystères humains aux choses célestes. Tu es la gardienne de ce qui est divin. C'est toi qui, dans le Père, gouvernes et ordonnes tout ; c'est toi l'obéissance du Fils ; c'est toi qui exultes en l'Esprit Saint. Parce que tu es une dans les trois personnes, tu ne peux pas être divisée. Jaillissant de la source qu'est le Père, tu te déverses tout entière dans le Fils, sans te retirer du Père. C'est à bon droit qu'on dit que « Dieu est amour » (1Jn 4,16), parce que toi seule tu guides la puissance de la Trinité

Sermon De spe, fide et caritate, 9 ; PL 11, 278 (trad. Orval rev.)

Job et le Christ. 


Autant qu'il nous est donné de le comprendre, frères très chers, Job offrait une préfiguration du Christ. Comparons-les pour saisir cette vérité. Job est appelé par Dieu un homme juste. Le Christ est la justice, et tous les bienheureux se désaltèrent à sa source ; car c'est de lui qu'il est dit : Pour vous se lèvera le soleil de justice. Job est appelé un homme vrai. Mais la vraie vérité, c'est le Seigneur, qui dit dans l'Évangile : Moi, je suis le Chemin et la Vérité.

Job fut riche. Et y a-t-il plus riche que le Seigneur, lui dont tous les riches sont les serviteurs, lui qui possède le monde entier et toute la nature, comme dit saint David : Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants. Le diable tenta Job par trois fois. De même, d'après l'Évangile, il a essayé par trois fois de tenter le Seigneur. Job a perdu toutes les richesses qu'il avait. Et le Seigneur a délaissé par amour pour nous tous les biens au ciel ; il s'est fait pauvre pour nous rendre riches. Le diable, dans sa fureur, a fait mourir les fils de Job. Et le peuple pharisien, dans sa folie, a tué les fils du Seigneur, les prophètes. Job fut couvert d'ulcères. Et le Seigneur, en s'incarnant, a été souillé par les péchés de tout le genre humain. 

La femme de Job l'exhorte à pécher. Et la Synagogue pousse le Seigneur à imiter la conduite corrompue des anciens. On nous rapporte que les amis de Job l'insultèrent. Et le Seigneur a été insulté par ses prêtres, par ses adorateurs. Job est assis sur un fumier plein de vermine. Le Seigneur lui aussi gisait sur un véritable fumier, c'est-à-dire sur la boue de ce monde, parmi des hommes qui sont une véritable vermine, tout bouillants de crimes et de convoitises diverses.

Job a retrouvé la santé et la richesse. Le Seigneur, en ressuscitant, a donné à ceux qui croient en lui non pas seulement la santé, mais l'immortalité, et il a retrouvé sa domination sur toute la nature, comme il l'a lui-même affirmé : Tout m'a été confié par mon Père. Job a engendré des fils pour le remplacer. Le Seigneur aussi, après les prophètes, a engendré ses fils, les saints Apôtres. Job, ayant retrouvé le bonheur, s'est endormi dans la paix. Et le Seigneur demeure béni éternellement, avant les siècles, et à partir des siècles, et pour tous les siècles des siècles.

HOMÉLIE DE SAINT ZÉNON DE VÉRONE SUR JOB