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Raban MAUR

Raban MAUR

(v. 784-856),

écrits

Saint, abbé bénédictin
et évêque 

 

« Il lui donnera tout ce qu'il lui faut »

Tu ne dois pas manquer de confiance en Dieu ni désespérer de sa miséricorde... Chante au Seigneur ces paroles du prophète : « Comme les yeux des serviteurs vers les mains de leurs maîtres, comme les yeux d'une servante vers les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il nous prenne en pitié. Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous, car nous sommes saturés de mépris » (Ps 122,2-3)... Si nous sommes saturés de mépris à cause du grand nombre de nos péchés, nos yeux doivent cependant rester tournés vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il nous prenne en pitié, et nous ne devons pas cesser de le supplier jusqu'à ce qu'il nous donne le pardon de nos fautes. En effet, il appartient à l'âme constante et tenace de ne jamais se détourner de la persévérance dans la prière par désespoir d'être exaucée, mais de persister inlassablement dans cette prière jusqu'à ce que Dieu lui fasse miséricorde

Pour que tu n'en viennes pas à penser que tu offenses le Seigneur en persistant par tes prières alors que tu ne mérites pas d'être écouté, rappelle-toi la parabole de l'Évangile. Tu y découvriras que ceux qui prient Dieu avec une persévérance importune ne lui sont pas désagréables, car il est dit : « Si ce n'est pas par amitié qu'il donne à son ami, il se lèvera cependant à cause de son importunité, et il lui donnera ce dont il a besoin ». Comprends donc que c'est le diable qui nous suggère de désespérer d'être exaucés, afin que nous soit retirée cette espérance en la bonté de Dieu, qui est l'ancre de notre salut, le fondement de notre vie, le guide sur le chemin qui mène au ciel. L'apôtre Paul le dit : « Nous sommes sauvés par l'espérance » (Rm 8,24).

Trois livres à Bonose, livre 3,4 ; PL 112, 1306 (trad. Orval)

« Tu peux me purifier »

          Tu ne dois pas manquer de confiance en Dieu ni désespérer de sa miséricorde ; je ne veux pas que tu doutes ou que tu désespères de pouvoir devenir meilleur. Car, même si le démon a pu te précipiter des hauteurs de la vertu dans les abîmes du mal, combien plus Dieu pourra-t-il te rappeler vers le sommet du bien, et non seulement te ramener dans l'état où tu étais avant ta chute, mais te rendre beaucoup plus heureux que tu paraissais auparavant. Ne perds pas courage, je t'en supplie, et ne ferme pas tes yeux à l'espoir du bien, de peur qu'il ne t'advienne ce qui arrive à ceux qui n'aiment pas Dieu ; car ce n'est pas le grand nombre des péchés qui mène l'âme au désespoir, mais le dédain de Dieu. « C'est le propre des impies, dit le Sage, de désespérer du salut et de le dédaigner, lorsqu'ils sont tombés au fond de l'abîme du péché » (Pr 18,3 Vulg). 

          Toute pensée qui nous enlève l'espoir de la conversion découle donc d'un manque de foi : comme une lourde pierre attachée à notre cou, elle nous force à regarder toujours en bas, vers la terre, et ne nous permet pas de lever les yeux vers le Seigneur. Mais celui qui a un cœur courageux et un esprit éclairé sait dégager son cou de ce poids détestable. « Comme les yeux des serviteurs vers les mains de leurs maîtres, comme les yeux d'une servante vers les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il nous prenne en pitié » (Ps 123,2-3).

Trois livres à Bonose, livre 3, 4 ; PL 112, 1306 (trad. Orval rev.