François XAVIER
François XAVIER
(1506-1552) écrits
Saint, missionnaire jésuite
« Je te suivrai partout où tu iras »
De nombreux décrets interdisent d'entrer en Chine... Mais en dehors des périls de la prison et de la maltraitance, il en existe d'autres, bien plus grands, qui passent inaperçus pour les gens du pays...
En premier lieu, la perte de l'espoir et de la confiance en Dieu, quand c'est pour son amour et son service que nous allons faire connaître sa Loi et Jésus Christ son Fils, notre Rédempteur et Seigneur, comme il le sait bien. Puisque, par sa sainte miséricorde, il nous a communiqué ces désirs, manquer maintenant de confiance en sa miséricorde et son pouvoir, vu les périls que nous pouvons courir pour son service, est un péril incomparablement supérieur aux maux que peuvent nous causer tous les ennemis de Dieu. Si cela importe à son plus grand service, Dieu nous gardera de tous les périls de cette vie... C'est pourquoi, nous avons pour sécurité la parole du Seigneur : « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra, et celui qui la perdra pour Dieu la trouvera » (Jn 12,25). Et cette autre, semblable : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au Royaume de Dieu ».
Pour nous, considérant ces périls de l'âme, très supérieurs à ceux du corps, nous trouvons plus sûr et plus certain d'affronter les périls corporels... Ainsi, de quelque manière que ce soit, nous sommes déterminés à aller en Chine.
Lettre du 22/10/1552 (trad.Cerf 1996, p.160)
« Proclamer le règne de Dieu »
Depuis que je suis venu ici, je n'ai pas arrêté : je parcourais activement les villages, je baptisais tous les bébés qui ne l'avaient pas encore été. (...) Quant aux enfants, ils ne me laissaient ni réciter l'office divin, ni manger ni me reposer tant que je ne leur avais pas enseigné une prière. Alors j'ai commencé à saisir que le Royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent (Mc 10,14). Aussi, comme je ne pouvais sans impiété repousser une requête aussi pieuse, en commençant par la confession de foi au Père, au Fils et à l'Esprit Saint, je leur enseignais le Symbole des Apôtres, le Pater Noster et l'Ave Maria. J'ai remarqué qu'ils étaient très doués ; s'il y avait quelqu'un pour les former à la foi chrétienne, je suis sûr qu'ils deviendraient de très bons chrétiens
Dans ce pays, quantité de gens ne sont pas chrétiens uniquement parce qu'il n'y a personne aujourd'hui pour en faire des chrétiens. J'ai très souvent eu l'idée de parcourir toutes les universités d'Europe, et d'abord celle de Paris, pour hurler partout d'une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité, en leur disant : « Hélas, quel nombre énorme d'âmes, exclu du ciel par votre faute, s'engouffre dans l'enfer ! »
De même qu'ils se consacrent aux belles-lettres, s'ils pouvaient seulement se consacrer aussi à cet apostolat, afin de pouvoir rendre compte à Dieu de leur doctrine et des talents qui leur ont été confiés ! Beaucoup d'entre eux, bouleversés par cette pensée, aidés par la méditation des choses divines, s'entraîneraient à écouter ce que le Seigneur dit en eux et, en rejetant leurs ambitions et leurs affaires humaines, ils se soumettraient tout entiers, définitivement, à la volonté et au décret de Dieu. Oui, ils crieraient du fond du cœur : « Seigneur, me voici ; que veux-tu que je fasse ? (Ac 9,10; 22,10) Envoie-moi n'importe où, où tu voudras, même jusque dans les Indes. »