Augustin THEVARPARAMPIL
(1891-1973)
Fête le 16 octobre
Bienheureux, Prêtre indien de rite Syro-Malabar,
apôtre des "Intouchables"
Bien chers Amis,
Gilson Varghese est un enfant indien originaire du Kerala, né avec un pied-bot. En 1991, quelque temps après avoir prié avec ses parents sur la tombe d’Augustin Thevarparampil, prêtre catholique de rite syro-malabar, il reçoit la grâce de la guérison. En 2006, parvenu à l’âge de vingt-quatre ans, il affirme que ce prêtre a changé sa vie, et se réjouit car sa guérison miraculeuse a été retenue pour la béatification de ce prêtre communément appelé “Kunjachan”, c’est-à-dire, en langue malayalam, “petit prêtre”, du fait de sa taille. Pour Mgr Joseph Kallarangatt, évêque de Palai au Kerala, cette béatification «est une excellente nouvelle, non seulement pour notre diocèse, mais pour toute l’Église de l’Inde; la vie de Kunjachan est une inspiration pour le clergé et pour toutes les personnes qui se battent pour la justice…» Selon cet évêque, le Père Augustin pourrait être considéré comme un modèle en matière de réforme sociale, puisqu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer la condition des personnes les plus pauvres de la société indienne.
Augustin Thevarparampil est né le 1er avril 1891 à Ramapuram, dans le diocèse de Palai, dans l’État du Kerala au sud-ouest de l’Inde. Le Kerala, très peuplé, est une contrée couverte de denses forêts sur les contreforts de montagnes, parfois surnommé “le pays de Dieu”. D’après la tradition, cette région a été évangélisée par l’apôtre saint Thomas, puis aux XVe-XVIe siècles par les missionnaires portugais, et ensuite par saint François Xavier. La grande majorité des habitants est de religion hindoue, et le système des castes y est en vigueur. Dernier d’une famille catholique de sept, l’enfant est baptisé, selon la tradition, sept jours plus tard. Son père, Mani, un agriculteur, est estimé pour sa sagesse et son sens de l’équité: lorsque des querelles surgissent dans le bourg, c’est à lui que l’on s’adresse et ses décisions sont acceptées de tous. Avec son épouse, Eliswa (Élisabeth), ils appartiennent à la communauté syro-malabare, qui pratique un rite oriental très ancien.
La formation élémentaire d’Augustin est assurée à l’école du village où les enfants chrétiens apprennent aussi l’alphabet latin. En 1906, le jeune garçon est mis à l’école Saint-Ephrem de Mannanam. Cette école, fondée par le Père carme saint Kuriakose Elias Chavara (1805-1871), est une pépinière de prêtres et d’évêques. Les professeurs d’Augustin et ses compagnons de classe garderont de lui le souvenir d’un élève moyennement doué, appliqué et pieux, bon camarade. Il accepte volontiers les austérités de l’école, en particulier au niveau alimentaire, dues à la pauvreté de la communauté chrétienne locale. Il s’agrège à une association mariale dont il est bientôt élu responsable.
En 1915, à l’âge de vingt-quatre ans, il entre au séminaire interdiocésain de Puthenpally. Ses parents y sont d’autant plus favorables que, pour eux, c’est un honneur d’avoir un fils prêtre. Un jour, l’évêque diocésain, le vénérable Thomas Kurialacherry, se mêle aux séminaristes pendant leur récréation: «Comment pourrai-je vous ordonner, Frère Augustin, demande-t-il par plaisanterie, vous êtes de si petite taille que vous n’arriverez pas à ouvrir le tabernacle?» Et le jeune homme de répliquer: «Mais, Monseigneur, vous n’êtes pas si grand, non plus!» Les séminaristes se préparent de façon remarquable au ministère sacré, tant au point de vue de la piété que de l’application aux études. Augustin reçoit l’ordination sacerdotale le 17 décembre 1921, par ce même évêque qui l’avait taquiné sur sa taille. Conscient des responsabilités qui lui incombent désormais et de ses propres limites, tant physiques qu’intellectuelles, il se confie pleinement en la divine Providence. Il célèbre sa première Messe dans la chapelle de son village natal de Ramapuram, où il est nommé vicaire. Un an plus tard, il est transféré dans une paroisse voisine, Saint-Sébastien de Kadanad, et gagne rapidement l’estime ainsi que l’affection de ses paroissiens. L’un d’eux affirmera: «Nous fûmes fort impressionnés par la piété, la vie de prière et le dévouement qu’il manifestait.»
En mars 1926, le Père Augustin, tombé gravement malade, doit retourner dans son village natal pour se soigner. Durant le Carême de cette année, une mission y est prêchée par le Père Hilarios, un prêtre d’une congrégation carmélitaine indienne spécialisée dans l’apostolat auprès des basses castes. Dans la société hindoue, divisée en castes, les dalits sont tout au bas de l’échelle, considérés comme “intouchables”, c’est-à-dire méprisés par les autres Indiens. Superstitieux, analphabètes, ils sont astreints à des travaux d’esclaves. Les hindous des castes supérieures, même s’ils sont baptisés, pensent, pour des raisons religieuses et sociales, qu’il est de leur devoir de n’avoir aucun contact avec les dalits. Varkey, un converti baptisé par le Père, témoignera: «La vie des dalits était alors misérable: ils ne pouvaient posséder la terre qu’il travaillaient, ni même leur demeure. Ils ne pouvaient vivre que dans une condition proche de l’esclavage et aucun contact ne leur était permis avec ceux des castes supérieures. Je me souviens que, étant alors dalit, lorsque je me rendais à l’école, je devais changer de chemin pour éviter ces personnes des castes.» L’esclavage a pourtant été officiellement interdit aux Indes par les autorités britanniques, mais certains maîtres traitent durement leurs serviteurs dalits, leur donnant par exemple peu de nourriture tout en les humiliant; les dalits n’ont accès à aucune éducation.
Pourquoi s’occuper d’eux ?
À la fin de la mission, des propriétaires amènent au Père Hilarios des employés, appartenant aux basses castes. Le Père les catéchise sommairement puis baptise ceux qui le désirent, espérant pouvoir compléter plus tard leur formation. Quelques laïcs de la paroisse, avec l’accord du curé, se portent volontaires pour leur donner des cours. Le Père Augustin, alors convalescent, montre de l’intérêt pour ces néophytes, environ deux cents personnes, et son oncle, le curé, le charge de superviser cette instruction. «Si quelqu’un avait demandé au Père pourquoi il s’occupait de ces gens si peu soigneux d’eux-mêmes, dira plus tard un témoin, il aurait répondu: “Mon affection et ma mission sont pour les pauvres.”» Il se souvient que le Seigneur a dit: En vérité je vous dis: chaque fois que vous avez fait ce bien à un seul de mes frères les plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40).
L’acte premier et prioritaire d’amour envers le prochain consiste à lui transmettre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. «La première pauvreté des peuples est de ne pas connaître le Christ», affirmera plus tard sainte Teresa de Calcutta. Citant cette parole, Benoît XVI ajoutait: «Celui qui ne donne pas Dieu donne trop peu. Pour cela, il faut faire découvrir Dieu dans le visage miséricordieux du Christ: hors de cette perspective, une civilisation ne se construit pas sur des bases solides» (message pour le Carême 2006).
«Au cœur de la vision chrétienne de l’être humain, écrit le Pape Léon XIV, se trouve la grande affirmation selon laquelle l’homme et la femme sont créés à l’image et à la ressemblance du Dieu trinitaire (cf. Gn 1, 26-27). Destinée par nature à la relation, chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe… C’est une dignité infinie, qui repose de manière inaliénable sur son être même, appartient à chaque personne humaine, au-delà de toute circonstance et quel que soit l’état ou la situation dans laquelle elle se trouve, c’est-à-dire toujours et de manière inéluctable. Cette dignité de chaque être humain peut être qualifiée d’infinie, comme l’a fait saint Jean-Paul II (Angélus avec les personnes handicapées, 16 novembre 1980), pour deux raisons: parce que l’amour de Dieu qui l’appelle à l’amitié avec Lui est infini, et parce qu’elle est absolument inconditionnelle, en ce sens que, même en cherchant à l’infini, on ne trouvera jamais rien qui puisse la supprimer ou la réfuter» (Encyclique Magnifica humanitas, 15 mai 2026, nos 50, 53).
“Kunjachan”, le petit prêtre
Le Père Augustin accompagne physiquement et spirituellement ces pauvres, s’appliquant à voir en eux des enfants de Dieu. Parcourant à pied de nombreux kilomètres, il visite les brebis de son troupeau tous les jours de la semaine, sauf le dimanche consacré à la Messe et aux activités autour de l’église paroissiale. Pénétrant dans leurs maisons, il se fait l’hôte-bienfaiteur, prenant des repas avec la famille, donnant des conseils pour améliorer leur condition matérielle, fournissant nourriture, vêtements, médicaments; il parvient ainsi à réduire leur consommation de produits toxiques (drogue, alcool), et à leur faire réaliser de petites économies. Il organise avec les autres prêtres et les Sœurs des réunions et des divertissements. D’abord accueilli avec méfiance, il est bientôt pleinement adopté, et on l’appelle avec une affectueuse familiarité “Kunjachan”, “petit père”; lui appelle toujours ses fidèles “mes enfants”. Parfois cependant, des calomnies entravent ses relations. Il garde alors sa sérénité et prie pour ses contradicteurs.
Le Père Augustin demeure humblement le troisième vicaire de la paroisse, obéissant fidèlement à son curé et à son évêque. Dépourvu de talents exceptionnels, simple prêtre, il accomplit un service infatigable en faveur de l’émancipation des pauvres. Il prêche des retraites pour l’instruction et la sanctification des fidèles, et réussit à rapprocher de Dieu de nombreuses personnes. Il administre plus de six mille baptêmes. Il tient un registre pour chaque famille, car il est considéré par tous comme le “bon Père”. Sa tâche n’est toutefois pas facile, notamment lorsqu’il faut détacher ses chrétiens des pratiques superstitieuses gardées depuis l’enfance. Non sans peine, il parvient à faire admettre à l’école du village le dalit converti Varkey Kurzikattil. Celui-ci réussit bien ses études et, encouragé par l’affection particulière que le Père lui porte, devient un valeureux catéchiste; à la fin de la vie du Père, il s’acquittera de toutes les tâches que celui-ci ne pourra plus accomplir. Le Père s’emploie aussi à faire admettre d’autres dalits à l’école; il suit avec attention leurs progrès scolaires et leur donne des cours spéciaux de catéchisme. Ainsi, le taux d’alphabétisation parmi les dalits chrétiens augmente nettement. Il établit des écoles improvisées, appelées “halaris”, dans de petites cabanes.
Des citoyens à part entière
Son engagement en faveur des intouchables vaut à Kunjachan l’opposition des castes supérieures, même parmi les chrétiens, tant le système et les préjugés sont ancrés dans les mentalités. On lui reproche d’élever le niveau de vie des dalits et de leur donner un esprit de communauté. Son attitude dérange l’ordre social établi, mais, dans bien des cas, il parvient par sa douceur à gagner ses opposants. La grâce constante de Dieu lui donne force et courage. Il cherche le soutien des personnes d’autorité qu’il rencontre, même non chrétiennes. Et, le plus souvent, il l’obtient en raison de sa droiture et de sa réputation grandissante. Son objectif n’est pas seulement l’élévation spirituelle des dalits, mais aussi qu’ils soient reconnus comme membres à part entière de la communauté, aux plans social, culturel, intellectuel et artistique.
De fait, il obtient une évolution positive des mentalités, en commençant par son entourage le plus proche. La coutume veut, par exemple, que l’on donne à manger aux intouchables sur la voie publique. Un jour, le Père demande à un neveu de dire à sa généreuse mère qu’elle leur donne à manger dans la cour de sa maison. Au début, celle-ci est réticente, mais quand elle apprend que le conseil vient du Père, elle obtempère. Cette pratique s’étend alors aux autres maisons du voisinage. En une autre occasion, pendant la moisson des céréales, Kunjachan interroge un autre neveu pour savoir s’ils nourrissent les moissonneurs. Sur sa réponse négative, il rétorque: «N’oublie pas que c’est grâce à leur travail que nous avons de quoi manger!» À compter de ce jour, les moissonneurs reçoivent quotidiennement un repas gratuit. Par des bienfaits et des conseils, il étend son apostolat aux non croyants eux-mêmes. Il visite jusqu’à dix-huit fois une vieille dame malade, qui habite à six kilomètres de son village, afin de l’amener à la foi. Un jour, il s’entend dire: «Allez-vous-en, vous me fatiguez!» Mais plus tard, lorsqu’elle se rend compte qu’elle va mourir, cette femme fait appel à lui pour recevoir le Baptême. Le Père accourt aussitôt; elle meurt quelques heures après!
Austère avec lui-même, vivant dans la pauvreté et la piété, le Père Augustin est considéré comme un exemple de vie chrétienne. Il tient un registre de ses recettes et dépenses: pratiquement tout ce qu’il reçoit est dépensé en activités pastorales et missionnaires. Lui-même ne possède rien et ne se sert que des objets les plus simples. Si des nécessiteux arrivent pendant ses repas, il partage avec eux sa nourriture. Il trouve la force nécessaire à ses multiples renoncements dans une prière assidue: dévotion à l’Eucharistie, à la Sainte Vierge, à saint Augustin, à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Bénir les stylos !
Il est doté d’une profonde affection pour les enfants, et ceux-ci le lui rendent bien. Il prépare lui-même les enfants et les néophytes dalits à la première Communion. Parfois il va jusqu’à leur fournir des vêtements dignes pour l’occasion. Il ne peut supporter de voir les enfants négligés, et il rappelle les parents à l’ordre, ou donne de judicieux conseils pour qu’ils s’organisent entre eux. Les élèves des écoles secondaires viennent aussi à lui, surtout en période d’examens, pour se recommander à ses prières, se faire bénir, voire pour faire bénir leurs stylos! Il les accueille paternellement. Lorsqu’il reçoit des visites de séminaristes, il leur demande volontiers combien de personnes ils ont baptisées ou conduites au Baptême, soulignant l’importance de la mission afin que les non chrétiens adhèrent au Christ. De nombreux jeunes des deux sexes lui doivent l’éclosion de leur vocation ou la persévérance dans celle-ci. Le Père se montre d’une grande miséricorde envers les baptisés qui s’écartent de la paroisse, et il fait de grands et onéreux efforts pour les y ramener.
«Je désire souligner que la présentation organique de la foi est une exigence incontournable, déclarait Benoît XVI; une foi mûrement réfléchie est lumière pour le chemin de la vie et force pour être témoins du Christ.» Il disait aussi: «Le Catéchisme de l’Église catholique, ainsi que le Compendium du même catéchisme, nous offrent précisément ce cadre complet de la Révélation chrétienne, à accueillir avec foi et gratitude. Je voudrais donc encourager chaque fidèle et les communautés chrétiennes à profiter de ces instruments pour connaître et approfondir les contenus de notre foi» (Discours aux évêques d’Amérique latine, 13 mai 2007; Audience générale du 30 décembre 2009).
À l’époque, les soins médicaux restent très déficients, et il n’y a qu’un hôpital dans la région. Le Père visite les dalits chrétiens souffrants chez eux ou à l’hôpital. Il n’a aucun diplôme, mais possède l’art de soigner les âmes et les corps. Il sait surtout écouter. La confiance que les malades lui témoignent fait des miracles… Il brave courageusement les maladies contagieuses. Lors d’une épidémie de varicelle, les prêtres de la paroisse hésitent à aller visiter ces malades; lui se rend à leur chevet et n’est pas contaminé. Il entretient de bonnes relations avec les médecins et intervient auprès d’eux pour attirer leur attention ou obtenir des secours financiers dans certains cas graves. La sage-femme du village témoignera que parfois, il lui donnait des médicaments d’herboristerie pour telle ou telle femme sur le point d’accoucher, et qu’elle les administrait en toute confiance.
Kunjachan établit un lien très fort avec les personnes qu’il sert. Il les appelle chacune par son nom, des enfants aux personnes âgées. Il se montre infatigable pour ramener à la foi ceux qui s’en sont éloignés et ceux qui n’ont pas respecté la fidélité conjugale. Dans un contexte de polygamie et de polyandrie, il lui faut beaucoup lutter pour convaincre les baptisés que le mariage, dans le dessein de Dieu, établit un lien exclusif et indissoluble entre les deux époux. Le Père obtient ainsi de plusieurs couples vivant en concubinage qu’ils se marient ou se séparent; cette décision est difficile, mais la gentillesse et la persévérance du Père réussit le plus souvent à l’obtenir. Il rend visite aux familles pour régler les querelles et réparer, quand c’est possible, les conséquences des infidélités des personnes mariées, n’hésitant pas, lorsque c’est nécessaire, à réprimander, voire punir les chrétiens délinquants. Une Indienne, qui deviendra carmélite, apprend un jour qu’une jeune veuve s’est enfuie du village avec son amant, abandonnant sa fille. Le Père, accompagné de deux hommes, part à sa recherche et la trouve dans un état pitoyable: elle vient d’accoucher d’un enfant de cette liaison, et l’amant l’a abandonnée. Il réussit à la convaincre de retourner au village, et l’aide à reprendre une forme de vie normale avec ses deux enfants.
Un besoin de proximité
«Prenons soin de nos relations! exhorte le Pape Léon XIV. À une époque qui tend à tout accélérer et à tout fragmenter, le corps humain continue de demander à être soigné et reconnu par des mains capables de tendresse, par des esprits attentifs et par de bonnes paroles. La culture numérique multiplie les connexions et offre de nouvelles possibilités de rencontre; pourtant, le cœur humain conserve un besoin irremplaçable de proximité. J’invite à préserver les lieux et les moments où la présence physique reste déterminante: la table partagée, la communauté chrétienne qui se rassemble, la visite à ceux qui sont seuls, le service aux pauvres. Ce sont là les signes d’une humanité qui continue de croire que chaque corps est temple de l’Esprit et demeure de Dieu, et c’est précisément cette alliance entre gloire et fragilité qui devient un critère pour évaluer les modèles anthropologiques proposés par la culture actuelle» (Magnifica humanitas, n° 239).
Au soir de sa vie, arrive le temps où l’âge et la fatigue se font sentir chez Kunjachan, qui devient physiquement dépendant, et on lui conseille de retourner dans sa famille. Il est triste de quitter l’église paroissiale, et, autant qu’il le peut, il demande des nouvelles de chacun des membres de son troupeau; il parvient à rendre courage aux nombreuses personnes qui le visitent. Sa sérénité dans les souffrances est admirable: même grabataire, il ne se plaint pas. Sa respiration devenant laborieuse, il ne peut presque plus parler. Le 16 octobre 1973, deux prêtres, anciens camarades de séminaire, viennent lui rendre visite à l’improviste. Il les reconnaît mais ne parvient pas à parler. Dans la journée, il expire paisiblement, comme quelqu’un qui s’endort. Il a quatre-vingt-deux ans, un grand âge dans ce pays. Une foule, surtout composée de ses dalits, vient pour se recueillir auprès de sa dépouille.
Dans son testament, dicté quelque temps avant sa mort, Kunjachan déclarait n’avoir aucune possession à léguer, et vouloir être enterré dans le même lieu et avec le même cérémonial que ses pauvres. Bien que cela soit contraire aux habitudes des prêtres, sa demande est respectée. Il souhaite aussi qu’au jour anniversaire de sa mort, au lieu du traditionnel repas rituel, les membres de sa famille et les dalits chrétiens se confessent, communient et prient pour les défunts. Il a été béatifié le 30 avril 2006.
La vie de Kunjachan, disait le cardinal Varkey Vithayatil lors de la béatification, «manifeste le chemin d’un simple prêtre de campagne jusqu’à la béatification. Inconnu et peu loué pendant sa vie, ne cherchant en aucune façon les louanges des hommes, il avait la conscience paisible de sa mission de bon pasteur pour les inconnus et marginalisés». À son exemple, dévouons-nous, pour l’amour de Jésus-Christ, au service tout simple de notre prochain!
Dom Jean-Bernard Marie, o.s.b.