La synthèse de
toutes les hérésies
Mgr Joseph E. Strickland,
évêque émérite
La synthèse de toutes les hérésies
7 août 2026
Mes chers amis en Christ,
Merci de vous être joint à moi aujourd'hui.
Il existe des mots qui occupaient autrefois une place centrale dans la vie de l'Église catholique, mais que l'on entend rarement aujourd'hui, et je voudrais parler de l'un d'eux aujourd'hui : le « modernisme ».
Demandez aujourd'hui à un catholique lambda ce qu'est le modernisme, et beaucoup ne sauront pas répondre. Demandez-lui quand il a entendu pour la dernière fois un sermon à ce sujet, et beaucoup répondront : « Jamais. »
Pourtant, il fut un temps où l'Église considérait le modernisme comme un danger si grave que le pape saint Pie X lui consacra une encyclique entière pour le dénoncer. En 1907, dans Pascendi Dominici Gregis, il qualifia le modernisme de « synthèse de toutes les hérésies ». Ce sont là des mots extraordinaires. Les papes n'emploient pas un tel langage à la légère.
Si saint Pie X croyait que le modernisme était la synthèse de toutes les hérésies, une question se pose naturellement : que s'est-il passé ?
Le modernisme a-t-il tout simplement disparu ? Ou sommes-nous arrivés à un point où les avertissements de l'Église elle-même sont largement tombés dans l'oubli ?
Voilà les questions que j’aimerais que nous examinions ensemble aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’une simple discussion historique, ni d’un exercice académique. Je crois qu’elles touchent au cœur même de la crise que traverse l’Église.
Avant de pouvoir comprendre où nous en sommes aujourd'hui, nous devons cependant comprendre ce qu'est réellement la modernité.
Beaucoup pensent à tort que le modernisme consiste simplement à rendre l'Église plus moderne, à utiliser un langage contemporain ou à adapter certaines approches pastorales. Ce n'est pas ce que condamnait le pape saint Pie X. Le modernisme est bien plus profond. C'est une manière de penser, une mentalité, une façon d'appréhender la révélation elle-même.
Au lieu de commencer par la question : « Qu’est-ce que Dieu a révélé ? », le modernisme s’interroge progressivement : « Qu’est-ce que l’homme moderne peut accepter ? » Au lieu de mesurer le monde à l’aune de la vérité immuable du Christ, il commence à mesurer la vérité révélée à l’aune des conceptions changeantes du monde. C’est pourquoi le modernisme est si dangereux.
Il ne s'agit pas simplement d'une erreur doctrinale parmi d'autres. Elle devient plutôt un principe à partir duquel toute doctrine peut être réinterprétée. C'est pourquoi saint Pie X l'a décrite comme « la synthèse de toutes les hérésies ».
Chaque hérésie antérieure s'attaquait à une vérité particulière révélée par Dieu. Le modernisme, quant à lui, s'attaque au fondement même sur lequel repose la vérité révélée. Il déplace subtilement le centre de gravité de la Révélation divine vers l'expérience humaine, le développement historique et la culture contemporaine.
En tant que catholiques, nous savons que Jésus-Christ est « le même hier, aujourd’hui et éternellement ». La vérité est immuable. Dieu est immuable. La révélation divine ne devient pas obsolète au gré des changements culturels. L’Écriture Sainte nous le rappelle clairement : « Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. » Ces paroles de saint Paul sont aussi vraies aujourd’hui qu’au moment où elles furent écrites.
De même, dans l’épître aux Romains, nous lisons : « Ne vous conformez pas à ce monde, mais soyez renouvelés par le renouvellement de votre esprit. »
Remarquez la direction. L’Église est appelée à transformer le monde. Elle n’est jamais appelée à se laisser transformer par le monde. Cette distinction est au cœur de notre discussion.
Bien avant 1907, les germes du modernisme avaient déjà commencé à apparaître dans les milieux théologiques. Tout au long du XIXe siècle, diverses idées ont émergé, cherchant à réinterpréter la foi catholique à travers le prisme de la philosophie moderne, de la critique historique, du rationalisme et de la pensée libérale.
Le pape Pie IX mit en garde contre nombre de ces tendances. Mais c'est le pape saint Pie X qui reconnut que ces idées n'étaient pas des erreurs isolées. Elles formaient un système complet, animées d'un esprit commun. Cet esprit, il le nomma modernisme.
Dans Pascendi Dominici Gregis, saint Pie X a soigneusement exposé ce système avant de le condamner. Vers la fin de l'encyclique, il anticipait les critiques de ceux qui lui reprocheraient d'avoir consacré trop de temps à expliquer la pensée moderniste. Sa réponse est d'une importance capitale. Il expliquait qu'il était nécessaire de dénoncer complètement le modernisme car ses erreurs étaient souvent dissimulées sous un langage d'apparence orthodoxe, tout en vidant progressivement la doctrine traditionnelle de son sens.
Ces paroles méritent aujourd'hui notre attention, peut-être même plus qu'en 1907. Car l'une des caractéristiques essentielles du modernisme est qu'il se manifeste rarement ouvertement. Il emploie souvent le langage du catholicisme tout en en modifiant subtilement le sens profond. C'est précisément pourquoi saint Pie X considérait le danger comme si grand.
Il comprenait que le modernisme ne se présentait généralement pas comme un rejet catégorique de la foi catholique. Il ne commençait généralement pas par nier la divinité du Christ, rejeter les sacrements ou répudier ouvertement l'autorité de l'Église. Son action était plus subtile. Il cherchait à réinterpréter la foi de l'intérieur. Il conservait le langage familier tout en en modifiant progressivement le sens. Il proposait que la doctrine évolue de manière à se conformer toujours davantage à la pensée de chaque époque.
C’est pourquoi le modernisme a souvent été décrit non pas simplement comme un ensemble d’erreurs, mais comme une façon de penser – une habitude d’esprit qui place le jugement du monde moderne au-dessus de la vérité immuable révélée par Dieu.
C’est pourquoi saint Pie X estimait qu’elle possédait, pour ainsi dire, « la sève et la substance » de toutes les hérésies précédentes. Chaque hérésie majeure de l’histoire de l’Église s’attaquait à un article de foi particulier. Le modernisme, cependant, s’attaquait à quelque chose d’encore plus fondamental. Il remettait en cause la source même et la certitude de la vérité révélée. Dès lors que la révélation elle-même est soumise à l’évolution de l’expérience humaine, aucune doctrine ne demeure immuable. Tout devient ouvert à la réinterprétation. Tout devient négociable.
C’est pourquoi le Saint-Père l’a appelée « la synthèse de toutes les hérésies ».
Il n'exagérait pas. Agissant en tant que Pasteur suprême de l'Église, il avertissait les fidèles qu'une erreur s'était propagée, menaçant non seulement une doctrine, mais le fondement même de toute doctrine. Reconnaissant la gravité de ce danger, saint Pie X accomplit un acte extraordinaire.
En 1910, trois ans seulement après la publication de Pascendi Dominici Gregis, il imposa le serment contre le modernisme. Les prêtres, les évêques, les professeurs de théologie, les enseignants des séminaires et tous ceux chargés de l'enseignement de la foi catholique furent tenus de jurer publiquement qu'ils rejetaient les principes du modernisme et qu'ils préserveraient fidèlement la doctrine transmise par les Apôtres.
Il ne s'agissait pas d'une mesure disciplinaire temporaire. Elle reflétait la conviction que le modernisme représentait un danger permanent pour la vie de l'Église. Ce fait historique est important car il nous rappelle à quel point l'Église prenait cette menace au sérieux.
Tout prêtre catholique ordonné entre 1910 et 1967 était tenu de prêter ce serment. Par conséquent, à quelques rares exceptions près, chaque évêque, cardinal et expert en théologie ayant participé au concile Vatican II avait prêté le serment contre le modernisme au début de son sacerdoce. Ce fait devrait nous inciter à la réflexion. Il soulève des questions importantes qui méritent un examen approfondi.
Comment ces évêques pouvaient-ils comprendre le serment qu'ils avaient prêté en participant à un concile qui repensait les relations entre l'Église et le monde moderne ? Comment concilier les mises en garde sans concession de saint Pie X contre le modernisme avec la volonté du concile de s'engager davantage dans la société contemporaine ? Ces questions ne peuvent être écartées d'un revers de main. Elles méritent une réflexion attentive, sincère et empreinte de prière.
L’Église s’est toujours engagée auprès du monde. Depuis les Apôtres, les chrétiens ont proclamé l’Évangile à toutes les cultures et à toutes les époques. L’évangélisation implique nécessairement le dialogue. Mais dialoguer n’a jamais signifié laisser le monde déterminer le contenu de la Révélation divine.
La mission de l'Église n'est pas d'adapter la vérité révélée à chaque époque. Sa mission est d'amener chaque époque à la conformité avec Jésus-Christ.
Il y a une différence énorme entre proclamer l'Évangile au monde et laisser le monde devenir la norme d'interprétation de l'Évangile. Cette distinction, à mon avis, est au cœur de la crise que nous traversons aujourd'hui.
C’est à ce stade qu’il nous faut parler franchement du Concile Vatican II. Ce concile se distinguait des précédents conciles œcuméniques par un point essentiel : il n’a pas défini de nouveaux dogmes ni prononcé de nouveaux anathèmes contre l’hérésie. Il se décrivait avant tout comme un concile pastoral. Son objectif déclaré était de présenter les vérités éternelles de la foi catholique d’une manière plus accessible au monde moderne.
Nul ne saurait contester le désir de l’Église de proclamer l’Évangile à chaque génération. Telle a toujours été sa mission. La question qui se pose à nous est différente : l’Église peut-elle s’engager dans le monde moderne sans en adopter les présupposés ? Cette question est plus urgente que jamais.
L'un des documents majeurs du Concile, Gaudium et Spes – la Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps – a énoncé une vision de l'engagement entre l'Église et la société contemporaine qui a profondément marqué la vie catholique au cours des soixante dernières années. Nombreux sont ceux qui y ont vu une évolution positive. D'autres, en revanche, ont exprimé de sérieuses inquiétudes quant à l'interprétation de certains passages, qui, au-delà d'un véritable engagement, tendent à se conformer à l'esprit du temps.
Ces préoccupations ne sauraient être écartées d'un revers de main. Elles méritent un examen attentif, précisément parce que saint Pie X nous a mis en garde contre le risque que le modernisme s'insinue insidieusement dans l'Église, sous un vernis de langage en apparence parfaitement raisonnable.
Des années après le Concile, le cardinal Joseph Ratzinger – qui deviendra plus tard le pape Benoît XVI – fit une observation remarquable. À propos de Gaudium et Spes, il suggéra que ce document fonctionnait, en un certain sens, comme un « contre-programme », une tentative de réconciliation entre l’Église et l’époque moderne après les violents conflits du XIXe siècle. Ces propos ont suscité de nombreux débats. Pour moi, ils soulèvent également une question incontournable.
Si l’Église avait auparavant mis en garde avec tant de force contre les dangers posés par le libéralisme, le rationalisme et l’esprit du temps – avertissements que l’on retrouve notamment dans les enseignements du bienheureux Pie IX et de saint Pie X –, qu’est-ce qui était exactement en train d’être réconcilié ?
Les inquiétudes qui avaient motivé ces avertissements solennels étaient-elles devenues caduques ? Les dangers avaient-ils disparu ? Ou l’Église avait-elle simplement adopté une approche pastorale différente tout en conservant intactes ses mises en garde antérieures ? Autant de questions qui méritent des réponses réfléchies.
Le cardinal Ratzinger proposera plus tard ce que l'on appelle aujourd'hui « l'herméneutique de la continuité ». Il était convaincu que le concile Vatican II devait toujours être interprété dans la continuité de l'enseignement antérieur de l'Église, et jamais comme une rupture avec le passé. Ce principe est fondamental. Tout catholique devrait aspirer à la continuité avec l'enseignement constant de l'Église. Pourtant, de nombreux catholiques fidèles continuent de se poser une question légitime.
Si le modernisme demeure la « synthèse de toutes les hérésies », comme l’affirmait saint Pie X, comment les catholiques doivent-ils comprendre des passages souvent interprétés comme encourageant une ouverture toujours plus grande aux conceptions et aux valeurs du monde contemporain ? S’il y a continuité, il devrait être possible de la démontrer clairement. S’il y a harmonie, cette harmonie devrait se manifester non seulement en théorie, mais aussi en pratique.
Malheureusement, lorsqu'on observe la vie de l'Église au cours des décennies qui ont suivi le Concile, de nombreux catholiques constatent non pas une plus grande clarté, mais une plus grande confusion. Nous avons été témoins d'une confusion concernant la doctrine, la morale, la liturgie, le caractère unique de la foi catholique et la mission de l'Église dans le monde.
Que l’on attribue cette confusion à des interprétations erronées du Concile, à des abus commis en son nom, ou au langage pastoral propre au Concile, il est indéniable qu’elle est réelle. Et cela m’amène à ce qui me semble être le point le plus important de cette réflexion.
L'Église n'a jamais formellement retiré la condamnation du modernisme par saint Pie X. Aucun pape n'a abrogé l’encyclique Pascendi Dominici Gregis. Aucun pape n'a déclaré que le modernisme ne représente plus un danger. Aucun pape n'a affirmé que le serment contre le modernisme reposait sur une mauvaise compréhension de la foi. Cette condamnation demeure partie intégrante de l'histoire et de l'enseignement de l'Église. Pourtant, dans les faits, elle semble avoir largement disparu de notre conscience collective.
On n'en parle presque jamais. On l'enseigne rarement. Nombre de catholiques n'en ont même jamais entendu parler. Cela semble révéler quelque chose de très grave. C'est ce qu'un théologien catholique respecté a décrit comme une « annulation déguisée » de la condamnation du modernisme par l'Église. Non pas une annulation formelle, ni une abrogation officielle, mais quelque chose de peut-être encore plus subtil : une annulation de fait par négligence.
Un enseignement peut demeurer dans les livres tout en disparaissant de la vie de l'Église. Et si cela se produit, son influence est de fait perdue, même si personne ne l'a formellement nié.
Et cela nous amène au moment présent.
Ces derniers mois, notre Saint-Père, le pape Léon XIV, a entamé une série d'allocutions encourageant les catholiques du monde entier à approfondir leur étude des documents du Concile Vatican II et à renouveler leur engagement sur la voie empruntée par l'Église après ce concile. Il a insisté sur la nécessité de laisser les enseignements du Concile continuer d'inspirer la vie et la mission de l'Église.
En tant que catholiques, nous devons toujours prier pour le Saint-Père. Nous devons souhaiter qu'il réussisse à guider l'Église fidèlement vers Jésus-Christ. Chaque pape porte une immense responsabilité et mérite nos prières.
Mais précisément parce que j'aime l'Église et que je prie quotidiennement pour le Saint-Père, je crois aussi qu'il faut parfois poser des questions difficiles. Si la condamnation du modernisme par l'Église demeure valable, pourquoi semble-t-elle susciter si peu d'intérêt aujourd'hui ? Si saint Pie X considérait le modernisme comme la synthèse de toutes les hérésies, pourquoi cet avertissement est-il devenu presque invisible dans la vie de l'Église ?
Si l’Église encourage un engagement encore plus grand dans le monde moderne, comment garantir que cet engagement ne se transforme jamais en une soumission à l’esprit du temps ? Ce ne sont pas là des questions nées de la désobéissance, mais de l’amour de l’Église.
Tout au long de son histoire, l'Église a toujours eu besoin d'hommes et de femmes courageux, prêts à se demander si nous restons fidèles à l'héritage des Apôtres. Le Dépôt de la Foi n'appartient à aucun pape. Il n'appartient à aucun évêque. Il n'appartient à aucun théologien. Il appartient à Jésus-Christ. L'Église en est la gardienne, non l'auteure.
C’est pourquoi chaque génération – y compris la nôtre – est jugée à l’aune du dépôt de la foi, et non l’inverse.
Ce qui m’inquiète, c’est que nous soyons arrivés à un point où le langage du dialogue a trop souvent éclipsé celui de la conversion. Certes, le dialogue authentique a toute sa place. Nous parlons avec les autres parce que nous désirons leur salut. Nous les écoutons afin de mieux annoncer le Christ. Mais le dialogue ne doit jamais devenir une fin en soi. L’Église n’existe pas simplement pour accompagner le monde. Elle existe pour appeler le monde à la conversion, à la foi et à la vie éternelle en Jésus-Christ.
Il y a une différence fondamentale entre aimer le monde au point de l'évangéliser et rechercher tellement son approbation qu'on hésite à proclamer des vérités difficiles. Cette distinction est essentielle.
Il me semble que l'une des plus grandes tentations de notre époque est de rechercher la paix avec l'esprit du temps. Pourtant, l'Écriture Sainte nous met en garde à maintes reprises contre cette tentation. Saint Paul nous dit clairement que « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu ».
Il ne dit pas que la sagesse de ce monde a simplement besoin d'être affinée. Il ne dit pas qu'elle a simplement besoin d'être complétée. Il dit que c'est une folie aux yeux de Dieu.
De même, Notre Seigneur nous dit lui-même : « Si le monde vous haït, sachez qu’il m’a haï avant vous. »
L’Église n’a jamais mesuré sa fidélité aux applaudissements du monde, mais à sa fidélité au Christ. C’est pourquoi je crois qu’il nous faut retrouver le courage de parler à nouveau du modernisme, non comme d’une relique du début du XXe siècle, mais comme d’un danger bien réel qui menace encore l’Église aujourd’hui. Si nous ne reconnaissons plus ce danger, nous ne pourrons plus le combattre.
Si nous cessons d'enseigner avec tant de force ce que saint Pie X a prôné, les générations futures ignoreront même qu'un tel avertissement a jamais été lancé. Et ce serait une tragédie.
Ma prière n’est pas que nous revenions à une décennie particulière de l’histoire. Ma prière est que nous revenions à la sagesse pérenne de l’Église – la sagesse de l’Écriture sainte, de la Tradition sainte, des Pères, des Docteurs de l’Église, des saints et du Magistère pérenne qui a fidèlement gardé le Dépôt de la Foi à travers les siècles.
Ce n'est pas regarder en arrière. C'est rester enraciné.
Un arbre qui se coupe de ses racines ne devient pas plus vivant ; il meurt. L’Église doit toujours demeurer enracinée en Jésus-Christ, qui est le même hier, aujourd’hui et éternellement.
Mes chers frères et sœurs, nous vivons des temps extraordinaires. Autour de nous, nous voyons des nations en proie au chaos, des familles attaquées, la confusion règne quant aux vérités les plus fondamentales de la nature humaine, des atteintes au caractère sacré de la vie, des attaques contre le mariage et la famille, et une hostilité croissante envers l’Évangile de Jésus-Christ. En un tel moment, l’Église ne peut se permettre le doute quant à son identité. Elle ne peut se permettre de perdre confiance dans les vérités éternelles que le Christ lui a confiées. Elle ne peut se permettre non plus d’oublier les avertissements solennels lancés par ceux qui nous ont précédés.
Saint Pie X n'a pas condamné le modernisme par crainte du progrès, mais par amour pour Jésus-Christ, son Église et la vérité. Il reconnaissait que chaque fois que l'esprit du temps se substitue à la pensée du Christ, les fidèles courent un grave danger spirituel. Cet avertissement n'a jamais été officiellement retiré, ni abrogé.
Pourtant, je crains qu'en pratique, cela ait été trop souvent oublié.
Je crois que nous vivons une situation que l'on pourrait qualifier d'annulation concrète de la condamnation du modernisme par l'Église – non par décret officiel, mais par négligence, silence et disparition progressive de ce sujet de la prédication, de l'enseignement et de la formation de l'Église. Si tel est le cas, nous ne pouvons rester silencieux. Le silence n'a jamais vaincu l'erreur. Seule la vérité la vainc. Seul le Christ la vainc.
La réponse n'est ni la colère, ni l'amertume, ni le désespoir. La réponse est la sainteté. La réponse est la fidélité. La réponse est le retour aux enseignements éternels de l'Église catholique : à l'Écriture sainte, à la Tradition sainte, aux Pères et Docteurs de l'Église, aux saints et au Magistère éternel qui a fidèlement transmis le dépôt de la foi de génération en génération.
L’Église n’a pas besoin de se réinventer. Elle doit se souvenir de qui elle est. Elle est le Corps mystique du Christ. Elle est la gardienne de la Révélation divine. Elle est appelée à sanctifier le monde – et non à être sanctifiée par lui.
Mes frères et sœurs, je vous demande de faire trois choses.
Avant tout, priez. Priez chaque jour pour le Saint-Père. Priez pour tous les évêques, prêtres, diacres et religieux. Ils portent d'immenses responsabilités et ont plus que jamais besoin de la grâce de Dieu.
Deuxièmement, approfondissez votre foi. Lisez les Saintes Écritures. Lisez le Catéchisme. Lisez Pascendi Dominici Gregis. Lisez les grandes encycliques papales qui ont guidé l'Église lors des crises passées. Comprenez non seulement ce que l'Église enseigne, mais aussi pourquoi elle l'enseigne.
Troisièmement, demeurez fidèles. Ne vous laissez pas ébranler par la confusion. Ne laissez pas le découragement vous priver d'espoir. Ne jugez pas la vérité à l'aune de la popularité ou de l'approbation du monde. Mesurez tout à l'aune de Jésus-Christ, qui est la Vérité.
Souvenez-vous des paroles de saint Paul : « Ne vous conformez pas à ce monde, mais soyez renouvelés par le renouvellement de votre esprit. » Cette exhortation est tout aussi urgente aujourd’hui qu’au moment où elle a été écrite.
Notre tâche n’est pas de conformer le Christ au monde, mais d’amener le monde à Jésus-Christ. Telle a toujours été la mission de l’Église, et elle le demeure. Par la grâce de Dieu, elle doit aussi demeurer la nôtre.
Que Notre-Dame, Siège de la Sagesse, prie pour nous.
Que saint Joseph, protecteur de l'Église universelle, intercède pour nous.
Puisse saint Pie X, qui a courageusement défendu la foi confiée aux Apôtres, nous obtenir la sagesse, le courage et la persévérance nécessaires pour défendre fermement la vérité à notre époque.
Que Dieu Tout-Puissant vous bénisse, vous garde fermes dans la foi catholique et nous conduise tous sains et saufs à la gloire de son royaume céleste.
Évêque Joseph E. Strickland,
évêque émérite