Passer au contenu principal

La perfection de l'amour conjugal

25 juillet 2026,
fête de saint Jacques l'Apôtre – Sanctuaire Notre-Dame de Guadalupe,
La Crosse, Wisconsin

2 Cor 4, 7-15 / Ps 126, 1bc-2ab. 2cd-3. 4-5. 6. / Mt 20, 20-28

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

L’apôtre Jacques le Majeur, ainsi que saint Jean, son disciple bien-aimé et frère de sang, et saint Pierre, prince des Apôtres, bénéficièrent de la faveur particulière de Notre Seigneur. Ce dernier les choisit pour être témoins de sa Transfiguration sur le mont Thabor et pour l’accompagner dans son agonie au jardin de Gethsémani avant sa Passion et sa mort. Jacques le Majeur eut également le privilège d’être le premier des Apôtres à subir le martyre, accomplissant ainsi sa mission apostolique par un amour fidèle et persévérant pour son Maître. Les Actes des Apôtres rapportent que le roi Hérode Agrippa Ier « fit mettre à mort par l’épée Jacques, le frère de Jean ».

Hérode Agrippa, croyant ainsi apaiser le peuple juif et se débarrasser définitivement de la nuisance que représentaient la prédication et le ministère apostolique de Jacques le Majeur, le fit exécuter. Cependant, Jacques poursuit son ministère apostolique depuis le lieu de gloire où il repose auprès de son Maître, intercédant pour le troupeau. Son tombeau, dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, demeure l'un des plus importants lieux de pèlerinage pour les chrétiens. Nous voyons dans la vie de Jacques la vérité proclamée par saint Paul concernant son propre ministère apostolique :

Car, tant que nous vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que sa vie soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi, la mort agit en nous, et la vie agit en vous.

Animés du même esprit de foi, selon ce qui est écrit : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé », nous croyons nous aussi, et c’est pourquoi nous parlons, sachant que celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera aussi avec Jésus et nous conduira avec vous en sa présence. Tout cela est pour votre bien, afin que la grâce, qui se répand sur un nombre croissant de personnes, fasse abonder les actions de grâces à la gloire de Dieu.

Huit siècles après l'inhumation de saint Jacques, son tombeau dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle témoigne de son intervention décisive contre l'avancée des barbares ariens, puis des musulmans, contre l'Espagne chrétienne. Son sanctuaire demeure un important lieu de pèlerinage où l'on invoque son intercession dans la lutte contre les puissantes forces contemporaines que sont la sécularisation, l'apostasie, l'hérésie et la persécution islamique des chrétiens.

Mais Jacques devait se purifier pour abandonner toujours plus pleinement son cœur au Cœur transpercé de Jésus, dans l'exercice de son ministère apostolique. L'Évangile nous raconte comment sa mère recherchait les honneurs et le pouvoir terrestres pour ses fils, Jean et Jacques. Ils partageaient manifestement le désir exprimé par leur mère. Écoutons la réflexion d'un commentateur sur cet épisode de la vie de Jacques le Majeur :

Les deux fils de Zébédée parlèrent par l'intermédiaire de leur mère, mais aussi en leur nom propre. Le Christ leur répondit directement, leur disant qu'ils ne savaient pas ce qu'ils demandaient, car dans son Royaume, les dignités ne sont pas atteintes par les audacieux et les ambitieux, mais par les plus humbles, les plus travailleurs et les plus patients… Notre Seigneur leur dit que, certes, ils auraient leur part de souffrance ; mais qu'il ne pouvait distribuer les honneurs de son Royaume autrement que selon la mesure de la charité et de la patience de chacun dans la souffrance : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »

Jacques comprit clairement le salut que lui offrait son ambition et, dès lors, il consacra toute son énergie à la volonté et au cœur de son Maître. Il devint un collaborateur vénéré de Notre Seigneur, portant fidèlement du Cœur transpercé du Christ les grâces de vérité et d'amour pour le salut de nombreuses âmes. Son ambition ne plus visait plus son propre intérêt, mais uniquement celui de Notre Seigneur.

Jacques le Majeur est pour nous un grand maître et un intercesseur précieux pour suivre le Christ selon notre vocation, en utilisant les dons dont Dieu nous a comblés pour aimer comme le Christ aime. Comme Jacques, nous avons besoin de purification. Nous devons, nous aussi, cheminer chaque jour sur la voie de la perfection à l'image du Christ, confiants dans la grâce déversée dans nos cœurs par le Cœur transpercé de Jésus, et nous souvenant de ses paroles dans le Sermon sur la montagne : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Trop souvent, nous recherchons la reconnaissance et l'admiration pour le bien que nous faisons. Nous voulons que chacun sache combien nous nous sacrifions et combien nous travaillons dur. Trop souvent, nous sombrons dans l'apitoiement sur nous-mêmes et le découragement face aux défis que pose à notre vocation une culture marquée par une sécularisation généralisée. Jacques nous enseigne que nous ne devrions avoir qu'une seule préoccupation : servir notre Maître avec un amour fidèle et persévérant, et avoir confiance en sa victoire sur le péché et la mort, en sa victoire sur la vie éternelle, même si notre service exige de donner notre vie par amour pour lui. Avec saint Paul, nous nous abandonnons à la mort « pour l’amour de Jésus, afin que sa vie soit aussi manifestée dans notre chair mortelle », attirant ainsi de nombreuses âmes à connaître, aimer et servir notre Seigneur. Nous sommes véritablement heureux lorsque nous mourons plus pleinement à nous-mêmes et au péché, afin que d’autres puissent vivre plus pleinement et parfaitement en Christ.

C’est ainsi que saint Jean-Paul II a élaboré la Règle du mariage, la mesure par laquelle ceux qui sont appelés à la vie conjugale doivent rechercher la perfection de l’amour qu’ils se sont promis le jour de leurs noces, le chemin par lequel ils doivent répondre à la grâce céleste conférée par le sacrement du mariage. Dans ses « Réflexions sur le mariage », le père Wojtyła, alors en fonction, nous enseigne :

Le sacrement, signe efficace de la grâce, crée dans la nature des forces surnaturelles qui rendent possible la plénitude de la vie humaine, c’est-à-dire une vie conforme au dessein du Créateur pour l’humanité. Ces forces rendent cette vie possible à la personne humaine, mais elles ne la réalisent pas d’elles-mêmes. Il est donc nécessaire de puiser en elles tout ce qu’elles contiennent et de l’appliquer à sa vie personnelle. Telle est la tâche de chacun, ou de ceux qui, par le sacrement, entrent dans le domaine de la grâce.

L’alliance du mariage et la vie conjugale, auxquelles la nature oriente l’homme et la femme, participent, par le sacrement du Saint Mariage, à la victoire sur le péché que le Christ a obtenue pour nous sur la Croix.

La grâce du saint mariage n'est pas un idéal réservé à quelques-uns, mais une réalité objective, un don surnaturel qui conduit l'homme et la femme à rechercher mutuellement le salut éternel par l'amour divin. Dans le texte accompagnant la Règle , intitulé « L'amour est le fondement moral du mariage », l'évêque Karol Wojtyła écrivait :

Nous devons clairement reconnaître que la grâce sacramentelle du mariage n’est pas une simple théorie, mais un véritable don à partir duquel les époux peuvent et doivent bâtir une certaine perfection chrétienne propre à leur vocation et à la totalité multiforme qui constitue leur vie conjugale…

La perfection chrétienne réside dans l'amour. L'amour est aussi le fondement moral du mariage. Par conséquent, le mariage ouvre la voie à la perfection chrétienne…

L'homme moderne est souvent confronté à ce défi fondamental : vous m'imposez un fardeau insupportable et, en même temps, vous le comparez à cet « état de perfection » où, qui sait, il serait peut-être plus facile de vivre… Surtout, cela soulève la question de savoir si notre conception du mariage n'est pas trop réductrice, tout en étant si exigeante. Il serait peut-être préférable d'aborder la question sous un angle plus élevé…

Le Saint Sacrifice de la Messe, Pain céleste de notre pèlerinage terrestre, par lequel Notre Seigneur renouvelle son sacrifice du Calvaire et où nous unissons nos cœurs au sien, glorieusement transpercé, de la manière la plus parfaite qui soit sur cette terre, constitue ce degré supérieur d’amour pur et désintéressé qui soutient la vie conjugale. Toutes nos questions sur le mariage doivent être posées au niveau du Sacrifice eucharistique de Notre Seigneur Jésus-Christ, au niveau de la perfection de l’amour divin.

Inspirés par l’exemple de Jacques le Majeur et soutenus par son intercession, prenons la résolution de reprendre avec un enthousiasme et une énergie renouvelés les pratiques spirituelles qui nous permettent de demeurer pleinement et fermement dans le Cœur de Jésus pour la transformation du monde par le sacrement du mariage et son fruit incomparable : la famille. Préparons-nous au martyre, sinon au martyre sanglant, du moins au martyre pur du témoignage fidèle à Notre Seigneur face à l’indifférence, aux moqueries et à la persécution.

Approchons-nous du Cœur Immaculé de Marie, Notre-Dame de Guadalupe, la Vierge Mère de Dieu, et offrons nos cœurs à Notre Seigneur dans son Sacrifice eucharistique. Préparons-nous à recevoir le fruit incomparable de son Sacrifice : son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Que nos cœurs soient purifiés de tout péché et embrasés par son amour pur et désintéressé dans le Cœur eucharistique de Jésus. Ainsi, nous pourrons vivre « en nous livrant toujours à la mort pour Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle ».

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Cardinal Raymond Leo Burke