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Joseph AMBROSOLI

Bienheureux, prêtre et médecin italien

(1923- 1987)

Fête le 27.03

Lettre du 8 avril 2026 Joseph AMBROSOLI

Bien chers Amis,

Dans les années 1980, la guerre civile sévit en Ouganda. Un habitant de Kalongo, où se trouve un grand hôpital tenu par les missionnaires comboniens, témoigne: «Le Père Joseph Ambrosoli a affronté des rebelles décidés, des soldats et des officiers indisciplinés, des bureaucrates égoïstes et des politiciens vindicatifs avec le même courage et la même détermination. Il n’a jamais reculé par crainte pour sa propre sécurité.» Un jour, un groupe de rebelles se rassemble devant la porte principale de l’hôpital. Le Père Joseph sort et leur dit: «Vous ne pouvez pas entrer ici. Si vous voulez, tuez-moi, mais vous ne pouvez pas entrer ici.» Après un face à face tendu, les rebelles se retirent. Qui est ce missionnaire et médecin courageux, béatifié le 20 novembre 2022?

Joseph Ambrosoli est né à Ronago en Lombardie (Italie), le 25 juillet 1923, septième et avant-dernier enfant de Jean-Baptiste Ambrosoli et de Palmira, née Valli. Son père, ingénieur chimiste, a hérité d’une propriété près de Ronago, dans une région viticole qui est alors durement atteinte par le phylloxéra. Reconverti à l’apiculture, Jean-Baptiste a lancé la société commerciale “Prodotti Ambrosoli” (Produits Ambrosoli) dont la publicité affirme: «Il existe toute sorte de miels, mais aucun n’a le goût du miel Ambrosoli!» Son épouse, Palmira, dont le père, médecin, était appelé le “docteur des pauvres”, a hérité de ses parents une grande piété qu’elle transmet à ses enfants. À l’âge de dix-huit mois, Joseph tombe malade. Devant la gravité du mal, Palmira s’adresse à Notre-Dame: «Sainte Mère de Dieu, ne m’enlevez pas mon enfant! Je vous en prie, laissez-le-moi! Je vous promets que lorsqu’il sera grand, si vous le voulez, je vous l’offrirai avec joie!» De fait, Joseph se rétablit. Il apprend de sa mère que l’humilité résulte d’une véritable compréhension de la vie. «Pour tous, ce garçon était toujours d’une grande gentillesse et attentionné, quelle que soit leur position sociale», affirmera Irma Domenis, gouvernante de la maison. Madame Ambrosoli assiste chaque jour à la Messe; elle initie ses enfants à la prière et à la récitation du Rosaire. Ils ont sous les yeux l’exemple du curé de Ronago, un prêtre très serviable et aimable, souriant, dont le souvenir restera gravé dans la mémoire de Joseph.

Pendant ses études, Joseph fréquente le “Cénacle”, un groupe de prière que dirige le franciscain Silvio Riva, dont il devient le fils spirituel. Les membres du Cénacle cherchent à témoigner dans leur vie quotidienne des aspirations du Cœur de Jésus, exprimées dans le discours après la Cène et symbolisées par le geste du lavement des pieds. Joseph entreprend des études de médecine à l’université de Milan, mais la Deuxième Guerre mondiale les interrompt. En 1943, il risque sa vie en participant au sauvetage de nombreux juifs menacés de déportation: à l’exemple de l’évêque de Côme, Mgr Alexander Macchi, il les aide à traverser la frontière pour se réfugier en Suisse. En mars 1944, il est réquisitionné par l’armée de la République de Salò, État fasciste en lien avec l’Allemagne nazie, établi en Italie du nord; on le requiert bientôt pour un entraînement paramilitaire dans un camp près de Stuttgart, en Allemagne. Après sa libération en décembre de la même année, il reprend ses études et obtient le titre de docteur en médecine et chirurgie en juillet 1949, puis un diplôme en médecine tropicale, à Londres.

En octobre 1951, Joseph entre dans la congrégation des Missionnaires comboniens du Sacré-Cœur, appelés alors “les Fils du Sacré-Cœur de Jésus”. Cet institut a été fondé en 1867 par saint Daniel Comboni (1831-1881) pour les missions en Afrique centrale. Novice à Gozzano en Piémont, Joseph recherche les tâches les plus humbles, et on le trouve souvent à la vaisselle, même lorsque ce n’est pas son tour… Il exerce la fonction d’infirmier sans se prévaloir jamais de ses compétences médicales. Il émet ses premiers vœux le 9 septembre 1953. Le Père Malandra, un missionnaire combonien, supérieur d’une mission en Ouganda, demande et obtient que Joseph soit envoyé dans sa mission. La profession perpétuelle et l’ordination sacerdotale de Joseph sont avancées d’un an: le 17 décembre 1955, Joseph est ordonné prêtre par Mgr Giovanni Battista Montini, le futur Pape saint Paul VI, alors archevêque de Milan.

La “Perle de l’Afrique”

Surnommé la “Perle de l’Afrique”, l’Ouganda est une immense plaine vallonnée, d’une altitude moyenne de mille mètres, proche de l’équateur. On y pratique une agriculture dont les produits sont consommés sur place; quelques-uns, comme le manioc et la banane, sont cependant commercialisés. Dès février 1956, le nouveau prêtre se présente au poste missionnaire de Gulu, fondé en 1911 au nord du pays. Plus à l’est, se trouve la petite ville de Kalongo, pittoresquement située au pied d’un gigantesque pain de sucre volcanique, où une mission a été fondée en 1934. Le Père Joseph y est envoyé; il complète pourtant ses études de théologie au séminaire de Lachor (près de Gulu), et apprend la langue locale, l’acholi. À Kalongo, il trouve un petit centre de maternité et un dispensaire. Le Père Malandra rêve d’ouvrir un grand hôpital. Le Père Joseph s’attelle à cette tâche difficile. Le soir, après les heures de dispensaire, il s’arme d’une pioche et d’une truelle pour participer à la construction de l’hôpital; son exemple attire un grand nombre de volontaires. Une série de petits bâtiments sans étage et de larges terrasses couvertes est ainsi construite. Le Père Joseph prend conscience qu’il risque d’être submergé par ce travail et d’oublier l’essentiel de son ministère. Il se répète alors: «Je dois essayer d’imiter mon Maître lorsqu’il soignait les malades… Si seulement ils pouvaient voir Jésus en moi!» La parabole du bon Samaritain l’inspire.

«Dans la parabole du bon Samaritain, écrit le Pape Léon XIV, la compassion est la caractéristique distinctive de l’amour actif. Elle n’est ni théorique ni sentimentale, elle se traduit par des gestes concrets: le Samaritain s’approche, soigne, prend en charge. Mais attention, il ne le fait pas seul… Nous aussi, nous sommes invités à nous mobiliser et à nous retrouver dans un ‘‘nous’’ qui soit plus fort que la somme de petites individualités… Les proches, les voisins, les professionnels de santé, les agents de la pastorale de la santé et tant d’autres qui s’arrêtent, s’approchent, soignent, portent, accompagnent et offrent ce qu’ils ont, donnent à la compassion une dimension sociale… L’amour n’est pas passif, il va à la rencontre de l’autre… Cette charité se nourrit nécessairement de la rencontre avec le Christ qui s’est donné pour nous par amour. Saint François l’expliquait très bien lorsqu’il disait, en parlant de sa rencontre avec les lépreux: “Le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux”, parce qu’il avait découvert à travers eux la douce joie d’aimer» (Message pour la journée mondiale des malades 2026).

Au bout de trois ans, le nouvel hôpital, qui dispose de 200 lits (il atteindra jusqu’à près de 400 lits), devient une référence pour la région.. La renommée du Père Joseph, connu pour son inlassable bonté, s’étend au loin, et les malades commencent à affluer. Les pouvoirs publics eux-mêmes organisent des transports vers le centre. À la maternité, il y a en moyenne sept cents accouchements par an. En 1959, le Père Joseph fonde, avec la collaboration des religieuses comboniennes, une école de sages-femmes et d’infirmières. Il manifeste, en effet, une attention particulière aux femmes enceintes; conscient des risques que comporte la césarienne sous les tropiques, il cherche à les aider à accoucher naturellement, mais reste toujours prêt à intervenir chirurgicalement si nécessaire. À partir de 1963, l’abbé Palmiro Donini, docteur en médecine et dentiste, originaire du diocèse de Brescia, devient son coadjuteur immédiat. Pendant vingt-cinq ans, ils travailleront comme des frères et s’efforceront de rendre l’accueil des patients aussi humain et charitable que possible: «Personne ne doit se sentir comme un étranger ici!» Dans le but de donner les meilleurs soins possibles, le Père Joseph se fait envoyer d’Europe ou des États-Unis les manuels médicaux les plus récents. La veille des opérations chirurgicales particulièrement délicates, il examine pas à pas les phases de l’opération qu’il va réaliser, ne laissant aucune place à l’improvisation.

Le moment le plus important

Le Père célèbre la Messe le matin à 5 h 30; il affirme souvent que cela illumine et donne un sens à son service médical. C’est le moment le plus important de sa journée. Bien souvent, son homélie porte sur la charité: «Souvenez-vous que visiter les pauvres fait partie des œuvres de miséricorde corporelle» (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 2447). La Sœur Catherine Marchetti, qui dirige le service de maternité et l’école de sages-femmes, témoigne: «J’ai travaillé et vécu pendant vingt-deux ans au côté du Père, et j’ai toujours été frappée de constater l’identité de la personne tenant l’Hostie dans ses mains après la consécration de la Messe, et celui qui, avec ces mêmes mains, traitait un patient avec la même révérence et le même respect. Jésus et le patient lui étaient également précieux: c’était le même amour pour Jésus-Hostie et pour le malade.» Pour lui, comme pour la plupart des missionnaires, il n’y a pas de séparation entre le sacerdoce et le soin des malades.

Le Pape Benoît XVI enseignait de même: «Face aux terribles défis de la pauvreté d’une si grande part de l’humanité, l’indifférence et le repli sur son propre égoïsme se situent dans une opposition intolérable avec le regard du Christ. Aucun projet économique, social ou politique ne remplace le don de soi à autrui. Celui qui agit selon cette logique évangélique… se charge des besoins matériels et spirituels du prochain. Il le regarde comme un mystère incommensurable, digne d’une attention et d’un soin infinis. Il sait que celui qui ne donne pas Dieu donne trop peu, comme le disait la bienheureuse Teresa de Calcutta: “La première pauvreté des peuples est de ne pas connaître le Christ”» (Message pour le Carême 2006).

Servir les autres en premier

Dès 7 h 30, le Père Ambrosoli est à l’hôpital. Il commence par les interventions chirurgicales les plus difficiles, et peut rester jusqu’à six heures d’affilée à la table d’opération, toujours debout; il se rend ensuite à la clinique ambulatoire sans montrer le moindre signe de fatigue. S’il est appelé pour une urgence, il retourne ensuite calmement à la table d’opération. Habituellement, vers 11 h, il prend un café expresso à l’italienne avec un œuf et un biscuit. Les opérations se prolongent souvent au-delà de 13 h. Le Père Joseph rentre alors à la mission pour prendre un repas, souvent froid, suivi d’une sieste, puis il retourne à l’hôpital. Il apprécie beaucoup la vie fraternelle de la petite communauté combonienne. À table, il sert toujours les autres en premier. «En arrivant au réfectoire de la communauté pour le déjeuner, raconte le docteur Joseph Belloni, le Père Ambrosoli regardait autour de lui pour s’assurer que rien ne manquait sur la table… Chaque fois qu’il manquait quelque chose, il allait le chercher et le donnait avec le sourire à la personne concernée. Ce n’est qu’alors qu’il s’asseyait pour manger.»

Après les vêpres, un dîner léger et un moment de détente avec les autres membres de sa communauté, le Père Joseph visite les patients qui le préoccupent particulièrement. Pour lui, les malades ont priorité sur tout. Malgré des offres de postes beaucoup plus prestigieux en Ouganda ou ailleurs, il reste à Kalongo en dépit d’une myriade de difficultés, car cette région est largement reconnue comme l’une des moins développées du pays, l’un des plus pauvres du monde. Au crépuscule, le Père va s’agenouiller devant le Saint-Sacrement. Il aime alors à prier Marie: «Réciter le chapelet, écrit-il à un ami, tout en marchant sous les étoiles d’un ciel africain “magique”, est une expérience tout à fait unique!» Enfin, profitant du calme de la nuit, il se rend à son bureau, pour traiter les tâches administratives, rédiger des rapports et sa correspondance. Sœur Pierina Bodei, missionnaire combonienne chargée de la gestion du bloc opératoire, a témoigné qu’elle ne l’a jamais entendu se plaindre de l’excès de travail; et pourtant le Père ne dort que trois ou quatre heures par nuit! Pressé de prendre plus de repos, il répond: «Au Ciel, j’aurai le temps pour me reposer!»

Le Père Palmiro, son collaborateur immédiat, constate rapidement les ravages provoqués par la lèpre, et il se consacre au soin de ce mal. Détecté à temps, il peut être très bien soigné, mais si on le laisse évoluer, il risque de causer des paralysies et rendre nécessaire l’amputation d’un membre. Dès 1971, il insiste pour que les lépreux ne soient pas mis à part; moyennant certaines précautions, la contagiosité de la maladie est, en effet, tout à fait contrôlable. Dans leurs discussions avec le personnel médical, lui et le Père Joseph rendent toujours gloire à Dieu Tout-Puissant: «Nous pouvons soigner les malades, mais seul Dieu peut les guérir.» Le Père Joseph propose aux malades, même musulmans, de prier, et ils ne refusent pas. Toutefois, il désire connaître la vérité, en particulier si un guérisseur a été consulté, si le patient a reçu un traitement à base d’herbes, etc. Chez les Acholi, le pouvoir des sorciers est grand, et ce n’est qu’en désespoir de cause que l’on recourt au médecin.

Une grande famille

En 1962, des conflits d’ethnies éclatent lors de la phase préparatoire à l’indépendance de l’Ouganda à l’égard du Royaume-Uni. Finalement, en 1971, le général Amin Dada s’empare du pouvoir, et une violente dictature se met en place pour huit ans. En 1972, Amin fait expulser tous les Asiatiques, quelque cent mille personnes, ce qui provoque un effondrement social et financier. D’autre part, le ministère de la santé ougandais confie au Père Ambrosoli le soin des lépreux de tout le nord du pays. Le concours d’une ONG allemande et l’implication personnelle du Père Donini lui permettent de faire face à cette nouvelle tâche. Il doit pourtant chercher d’autres aides. La Caritas ainsi que l’Université de Bologne, puis une ONG de Padoue, lui fournissent des médicaments et du matériel, mais aussi des médecins et du personnel. Le Père les accueille tous, et les invite à partager ses responsabilités. Il les considère tous comme les membres d’une grande famille.

Vers la fin de l’année 1973, le Père Joseph est contraint de se rendre en Italie pour soigner une sciatique causée par la position debout quotidienne, au bloc opératoire, pendant de longues heures. Il profite de ce séjour pour rechercher les derniers traitements, techniques chirurgicales et équipements; il rend aussi visite à des bienfaiteurs. Les dimanches sont toujours consacrés aux familles de ses collègues missionnaires comboniens. À la fin d’avril 1974, il regagne Kalongo. En 1975, il doit retourner à Côme pour subir une opération d’une hernie discale. Dans le courant de 1977, sa mère étant tombée gravement malade, ses frères et sœurs le pressent de venir avant qu’il ne soit trop tard, mais il ne peut se libérer. Après le décès, il console ainsi les siens: «Le chagrin causé par la mort d’une mère est toujours une source de grande tristesse, même lorsqu’elle a atteint un âge avancé et même si nous savons que tôt ou tard, nous devons tous mourir… mais je pense que nous pouvons trouver du réconfort en sachant que notre mère nous protège tous depuis le ciel… J’ai déjà commencé à invoquer son intercession lorsque je pars en voyage en voiture, étant donné l’état déplorable de nos pauvres routes.»

L’année 1980 est particulièrement difficile en Ouganda, du fait d’une terrible sécheresse, de la famine, de la dévaluation monétaire et d’une épidémie de choléra. Dans une lettre à ses amis de Bologne, le Père Joseph écrit: «Le choléra se propage. En seulement deux jours, nous avons distribué deux cent mille capsules de tétracycline. Il n’a pas plu depuis cinq mois. Le soleil est implacable, la chaleur insupportable.» La sécheresse allait durer jusqu’à l’année suivante. Au cours de cette période, le Père découvre l’œuvre de saint Charles de Foucauld et il présente cette découverte comme l’occasion de sa “conversion”: comment être complètement absorbé dans des tâches caritatives tout en restant complètement donné à Dieu? Le “Frère universel” lui donne la lumière: être complètement «absorbé dans le Seigneur», voilà la source; consacrer tout son temps, ses talents et son énergie au service de son prochain, voilà l’effet.

Merci de tout

En 1981, commence la «guerre de brousse en Ouganda». Submergé de travail, le Père en ressent les effets dans sa santé: graves problèmes rénaux, crises de sciatique et atteintes rhumatismales. En 1982, il fait un séjour en Italie pour se faire soigner. Il se montre très franc avec son provincial d’Ouganda: «Les résultats des examens et des tests sont plutôt mauvais. Cela signifie que je dois aussi accepter cela de la main du Seigneur; Il me fait comprendre que c’est Lui qui décide et qui commande. Je m’efforce de réciter chaque jour la prière d’abandon de Charles de Foucauld. Ne vous y trompez pas: je suis un pécheur comme les autres… mais toujours disposé à faire la volonté de Dieu.» En effet, le Père Joseph recourt souvent à la prière du saint abandon de saint Charles de Foucauld: «Mon Père, je me remets entre Vos mains; mon Père, je me confie à Vous, mon Père, je m’abandonne à Vous; mon Père, faites de moi ce qu’il Vous plaira; quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie; merci de tout, je suis prêt à tout, j’accepte tout, je Vous remercie de tout, pourvu que Votre volonté se fasse en moi, mon Dieu, pourvu que Votre Volonté se fasse en toutes Vos créatures, en tous Vos enfants…»

De retour à Kalongo, le Père reprend son activité habituelle. Toutefois, son supérieur lui donne, au nom de l’obéissance, des consignes très strictes de ménagement, et il s’applique à les suivre. Très courageux, il risque pourtant sa vie à plusieurs reprises. Le 30 janvier 1987, des soldats du gouvernement arrivent à l’improviste à l’hôpital. Ils accusent le personnel ainsi que les missionnaires de soutenir la guérilla. Une semaine plus tard, le haut commandement militaire à Kampala ordonne la fermeture de l’hôpital et de la mission. L’évacuation a lieu le 13 février. Le Père emporte tout ce qu’il peut vers la mission de Ngetta. Au lendemain de cette tragédie, il déclare à une des Sœurs évacuées avec lui: «Ce que Dieu veut n’est jamais trop! Nous n’avons qu’à accepter sa volonté!» L’après-midi du dimanche 22 mars, il est terrassé par une forte crise de paludisme. Le mal s’accroissant, il reçoit le sacrement de l’Onction des malades.. On envisage de le transporter par hélicoptère vers un hôpital où il pourra bénéficier d’une dialyse rénale, mais il supplie: «Laissez-moi mourir au milieu de mon peuple…» Le vendredi 27 mars, à 13 h, la chute de la tension artérielle du Père empêche la Sœur de remettre en place sa perfusion. Il fait alors lucidement son diagnostic et annonce que la fin est proche. Ses dernières paroles sont: «Seigneur, que votre volonté soit faite!» Il rend le dernier soupir à 15 h 30, quelques minutes avant l’arrivée de l’hélicoptère qui devait l’emmener à Lachor. Il a soixante-trois ans. Un nombre considérable de personnes viennent lui rendre un dernier hommage. Deux ans et demi plus tard, les missionnaires, de retour à Kalongo, retrouveront les lieux intacts: les habitants avaient défendu leur hôpital et leur mission contre les vols et les pillages. L’hôpital porte désormais le nom du docteur Ambrosoli.

Dans son homélie du 20 mars 1987, le bienheureux Joseph Ambrosoli qualifiait la fermeture de l’hôpital de «bien-aimé échec», selon une formule du Père de Foucauld, pour inviter à l’abandon total entre les mains de Dieu. Prions-le de nous enseigner à accueillir la volonté de Dieu avec confiance, afin que nos cœurs s’ouvrent pleinement à l’action de l’Esprit Saint.

Dom Jean-Bernard Marie, o.s.b.