Mgr Strickland
Lettre pastorale
sur le dialogue interreligieux
et le mandat missionnaire
de l’Église
Lettre pastorale
Le 16 septembre 2026, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens et le Dicastère pour le Dialogue Interreligieux ont publié la note intitulée « Un chemin d’espérance : soixante ans de dialogue interreligieux et de fraternité à la lumière de la Déclaration conciliaire Nostra Aetate ».
Ce document contient de nombreux points que tout catholique devrait approuver. Il condamne la violence religieuse, l'antisémitisme, la coercition, la haine, le mépris et les atteintes à la liberté religieuse. Il rappelle que chaque personne possède une dignité inviolable, car elle est créée à l'image de Dieu. Il affirme l'importance des relations pacifiques entre les peuples et insiste sur le fait que le dialogue interreligieux ne doit pas sombrer dans le relativisme ni le syncrétisme.
La note déclare aussi explicitement qu’il n’existe pas deux voies parallèles de salut, que le Christ est « l’unique Rédempteur » et que la fidélité à Jésus-Christ – « le Chemin, la Vérité et la Vie » – est indissociable d’un dialogue authentique.
Ces affirmations sont vraies et nécessaires.
Néanmoins, d'autres passages emploient un langage qui, s'il est interprété sans la lumière des Saintes Écritures et de la doctrine pérenne de l'Église, peut engendrer une grave confusion. Les fidèles sont en droit de se demander si le dialogue prime sur l'évangélisation ; si les adeptes des religions non chrétiennes doivent être considérés comme cheminant déjà sur des voies authentiques vers Dieu ; si l'Église doit encore rechercher leur conversion ; et si le mandat missionnaire confié par le Christ à son Église demeure pleinement contraignant.
La condamnation exhaustive et nécessaire de l'antisémitisme dans cette note soulève également une question connexe : comment l'Église peut-elle affirmer le mystère éternel d'Israël sans que cette affirmation ne devienne une approbation théologique du sionisme politique ou une défense acritique de l'État moderne d'Israël ?
Parce que ces questions touchent au cœur de la foi catholique, au témoignage moral de l’Église et au salut éternel des âmes, on ne saurait les rejeter comme une simple résistance au dialogue. Elles exigent des distinctions claires et une pleine compréhension de la doctrine catholique.
En tant qu'évêque, chargé devant Dieu de garder le dépôt de la foi et de confirmer les fidèles dans la vérité, je propose l'enseignement suivant :
- Le mandat missionnaire n'a pas été révoqué.
La mission de l’Église ne trouve pas son origine dans l’évolution des circonstances historiques, les besoins sociologiques ou les stratégies ecclésiastiques. Elle trouve son origine en Jésus-Christ.
Après sa Résurrection, Notre Seigneur a ordonné aux Apôtres : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 18-20).
Saint Marc rapporte ce commandement en des termes tout aussi directs : « Allez dans le monde entier, et prêchez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 15-16).
L’Église n’a pas inventé cette mission et, par conséquent, elle n’a aucune autorité pour l’abandonner. Aucun dicastère, conférence épiscopale, faculté de théologie ni programme pastoral ne peut dispenser l’Église d’un commandement donné par le Seigneur lui-même.
Le fait que le monde soit devenu un « village global » interconnecté ne rend pas le mandat missionnaire obsolète. Au contraire, il rend les nations plus directement présentes les unes aux autres et, par conséquent, place la responsabilité missionnaire de l’Église devant nous avec une urgence accrue.
Le pluralisme culturel n'annule pas la révélation divine. La proximité entre les religions ne rend pas leurs affirmations contradictoires également vraies. Les exigences de la coexistence pacifique n'autorisent pas l'Église à dissimuler l'identité de Celui par qui la véritable paix est donnée.
Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église pèlerine est missionnaire par sa nature même, puisqu’elle tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit » (Ad Gentes, 2).
L’Église n’est pas missionnaire occasionnellement. Elle l’est par nature. Si elle cesse d’évangéliser, elle n’abandonne pas simplement une activité parmi d’autres, elle agit contre son identité même.
Tout récit du dialogue interreligieux qui ne tient pas compte de cette dimension missionnaire est incomplet. Toute interprétation du dialogue qui occulte l’appel à la foi, à la conversion, au baptême et à la communion avec le Christ contredit le commandement du Seigneur.
- Jésus-Christ n'est pas un maître religieux parmi d'autres.
Au cœur de la foi chrétienne se trouve non pas une théorie religieuse, mais la personne de Jésus-Christ.
Notre Seigneur ne se contente pas d'enseigner une voie, de communiquer une part de vérité ou d'offrir une forme possible de vie spirituelle. Il déclare : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14, 6).
Saint Pierre proclame : « Il n’y a de salut en aucun autre. Car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4, 12).
Saint Paul enseigne : « Car il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s’est donné lui-même comme rédemption pour tous, comme témoignage en son temps » (1 Timothée 2:5-6).
Ce ne sont pas des affirmations périphériques ou négociables. Elles font partie du fondement du christianisme.
Jésus-Christ est le Verbe éternel fait chair. Il est vrai Dieu et vrai homme. Il est la plénitude et l'accomplissement de la révélation divine. Sa Croix est l'unique sacrifice par lequel le monde est racheté. Sa Résurrection est la victoire sur le péché et la mort. Toute grâce accordée à un être humain l'est par lui.
La déclaration Dominus lesus a réaffirmé cette doctrine contre les théories qui placeraient le christianisme au même rang que les autres religions, comme une expression limitée d'un mystère religieux universel.
« Il faut donc croire fermement, comme vérité de la foi catholique, que la volonté salvifique universelle du Dieu Un et Trine est offerte et accomplie une fois pour toutes dans le mystère de l’incarnation, de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu » ( Dominus lesus, 14).
Le salut n'est pas l'œuvre indépendante des différentes religions. Dieu peut agir dans le cœur de ceux qui n'appartiennent pas visiblement à l'Église, et des éléments de vérité et de bonté peuvent se trouver dans leurs traditions. Mais partout où la grâce est présente, c'est la grâce de Jésus-Christ. Partout où le salut est donné, il l'est par son Mystère pascal. Partout où la vérité se trouve, elle participe à celui qui est la Vérité incarnée.
L’Église ne peut donc pas parler comme si le Christ n’était que la contribution chrétienne à un dialogue religieux plus vaste. Il n’est pas une manifestation parmi d’autres d’un mystère divin accessible à travers des religions mutuellement contradictoires. Il est le Fils incarné en qui le mystère de Dieu a été définitivement révélé.
- Que signifie « estimer » les autres religions ?
L’affirmation de Nostra Aetate selon laquelle l’Église « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint » dans les autres religions doit être lue avec précision.
L’objet de l’affirmation de l’Église est ce qui est véritablement vrai et saint – non l’erreur en tant qu’erreur, l’idolâtrie en tant qu’idolâtrie, ni le faux enseignement en tant que faux enseignement. La vérité doit être reconnue car toute vérité provient ultimement de Dieu. La bonté morale doit être honorée car tout bien véritable reflète la bonté du Créateur.
Mais la présence d'une part de vérité au sein d'une religion ne rend pas cette religion vraie dans son intégralité.
Un système religieux peut préserver des vérités naturelles concernant Dieu, la prière, le jeûne, le sacrifice, la famille, la justice ou la vie morale tout en niant simultanément la Trinité, l'Incarnation, la divinité du Christ, sa mort rédemptrice, sa résurrection corporelle ou l'ordre sacramentel qu'il a établi.
Des affirmations contradictoires ne peuvent être vraies simultanément dans le même sens. Jésus-Christ ne peut être à la fois le Fils divin de Dieu et ne pas l'être. Il ne peut être à la fois ressuscité corporellement et ne pas être ressuscité. L'Eucharistie ne peut être à la fois son Corps et son Sang et ne pas l'être. Dieu ne peut être à la fois la Sainte Trinité et ne pas l'être.
La charité ne nous demande pas de prétendre que de telles contradictions sont insignifiantes. Le véritable respect d'autrui exige l'honnêteté quant à la vérité. Nous devons donc distinguer soigneusement trois choses :
Premièrement, chaque être humain doit être traité avec amour et respect pour la dignité que Dieu lui a donnée.
Deuxièmement, tout ce qui est vrai et bon dans une autre tradition religieuse peut être reconnu et estimé.
Troisièmement, les erreurs concernant Dieu et le salut ne peuvent être ni louées, ni préservées, ni considérées comme des révélations alternatives données par Dieu.
Nous respectons chaque personne sans condition. Nous affirmons la vérité où qu'elle se trouve. Nous rejetons l'erreur car elle ne peut sauver, et parce que l'amour aspire à ce que chaque personne connaisse la plénitude de la vérité.
- Les autres religions sont-elles des « voies de vérité » ?
Cette remarque rappelle des expressions décrivant les adeptes d'autres religions comme des « compagnons de route sur le chemin de la vérité » et des « pèlerins de la vérité » avec lesquels les chrétiens partagent une partie du voyage. Il convient d'établir une distinction essentielle à ce sujet.
On peut être en quête de vérité sans pour autant posséder la plénitude de la vérité révélée. On peut être sincèrement sensible à la lumière de sa conscience et à la grâce divine tout en demeurant dans l'erreur sur des questions religieuses profondes. C'est dans cette perspective subjective que l'on peut reconnaître en autrui un compagnon de recherche, un pèlerin.
Mais cela n'implique pas que chaque religion soit en elle-même une voie authentique établie par Dieu et menant au salut. Il ne faut pas confondre la personne et le système religieux.
On peut être touché par la grâce tout en adhérant à des croyances comportant de graves erreurs. Dieu peut se servir de fragments de vérité, d'intuitions morales naturelles ou de prières sincères pour préparer une personne à recevoir l'Évangile. Mais c'est le Christ qui agit par cette grâce, et non l'erreur religieuse elle-même.
L’Église enseigne que ceux qui, sans qu’il y ait de faute de leur part, ne connaissent ni le Christ ni son Église peuvent être sauvés s’ils cherchent Dieu sincèrement et accueillent la grâce. Toutefois, cette possibilité ne fait pas de l’ignorance religieuse un bienfait salvifique. Elle ne rend pas non plus l’évangélisation superflue.
Le Catéchisme enseigne : « Bien que Dieu puisse, par des voies qui lui sont propres, conduire à la foi ceux qui, sans qu’il leur soit fait de faute, ignorent l’Évangile, sans laquelle il est impossible de lui plaire, l’Église a toujours l’obligation et aussi le droit sacré d’évangéliser tous les hommes » (CEC 848).
Nous pouvons donc cheminer aux côtés de personnes d'autres religions dans l'amitié civique, les œuvres de miséricorde, la défense de la dignité humaine et la recherche de la paix. Nous pouvons les écouter et rechercher la compréhension mutuelle. Mais nous ne pouvons affirmer que les systèmes religieux qui renient le Christ constituent des voies parallèles de la vérité révélée.
Nous marchons aux côtés des autres non pas parce que le Christ est inutile, mais dans l'espoir que chaque personne puisse le rencontrer.
- Le dialogue et la proclamation ne doivent pas être séparés.
La note observe à juste titre que le dialogue et la proclamation font partie de la mission de l'Église. Elle précise également qu'ils sont indissociables.
Pourtant, certaines de ses formulations risquent d’occulter cette indissociabilité. En particulier, le paragraphe 46 affirme que le missionnaire, après avoir témoigné de l’amour du Christ, « attend simplement » que d’autres s’enquièrent de cet amour.
La patience et le respect de la liberté sont indispensables. La conversion ne doit jamais être imposée. La foi ne s'acquiert pas par la manipulation. Toutefois, se contenter d'attendre une demande de renseignements ne suffit pas à rendre compte de la mission apostolique. Les Apôtres n'ont pas attendu que les nations viennent à eux.
Saint Pierre proclama publiquement le Christ crucifié et ressuscité, appelant ses auditeurs à la conversion et au baptême (Actes 2, 22-41). Saint Paul entra dans les synagogues et les lieux publics, argumentant et prêchant. Il annonça le Christ à Athènes, Corinthe, Éphèse et Rome. Il supplia ses auditeurs de se réconcilier avec Dieu.
Il l’a fait parce que : « L’amour du Christ nous gouverne » (2 Corinthiens 5:14).
Et encore : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! » (1 Corinthiens 9:16).
Le dialogue peut précéder la proclamation, l'accompagner, lever les obstacles à sa réalisation ou aider les chrétiens à comprendre la meilleure façon de proclamer. Il ne peut toutefois pas la remplacer définitivement.
Le pape saint Jean-Paul II a enseigné : « Le dialogue interreligieux fait partie de la mission d’évangélisation de l’Église. Compris comme méthode et moyen de connaissance et d’enrichissement mutuels, le dialogue n’est pas en opposition à la mission ad gentes ; en effet, il a des liens particuliers avec cette mission et en est une des expressions » ( Redemptoris Missio, 55).
Le même pontife a averti que le dialogue ne dispense pas l'Église de proclamer Jésus-Christ et d'inviter les autres à recevoir la plénitude de la révélation.
Le dialogue est perverti lorsque la paix entre les religions est obtenue par le silence sur le Christ. Un dialogue où les chrétiens sont libres de discuter de fraternité, d'écologie, de migration ou de justice sociale, mais où il leur est implicitement interdit d'appeler autrui à la foi en Christ, n'est pas un dialogue pleinement chrétien. C'est le confinement du christianisme dans les limites établies par le pluralisme religieux.
L’Église entame le dialogue en tant qu’Église de Jésus-Christ. Elle ne peut mettre son identité entre parenthèses.
- Le prosélytisme n'est pas la même chose que l'évangélisation.
Le mot « prosélytisme » est source de nombreuses confusions.
Si le prosélytisme consiste à rechercher des adeptes par la coercition, la tromperie, la pression politique, les menaces, les incitations matérielles, l'exploitation de la pauvreté ou le mépris de la conscience, il doit être rejeté.
Nul ne peut être contraint d'embrasser la foi. Dieu désire un acte de foi libre, et l'Église défend la liberté religieuse de toute personne. Cependant, dans l'usage contemporain, le terme « prosélytisme » est parfois employé de manière si extensive qu'il semble englober tout effort délibéré visant à persuader autrui de la vérité de la foi catholique ou à l'inviter à la conversion.
Un tel usage est inacceptable.
Il n'est pas illégal de faire du prosélytisme :
- Proclamez que Jésus-Christ est Seigneur ;
- Expliquez pourquoi la foi catholique est vraie ;
- Défendez la foi contre les objections ;
- Inviter une personne à se repentir et à croire à l'Évangile ;
- Encourager la fréquentation de la messe ou la participation à l'instruction chrétienne ;
- Inviter une personne non baptisée à recevoir le baptême ;
- Inviter un non-catholique baptisé à entrer en pleine communion avec l'Église catholique ;
- Priez et offrez des sacrifices pour la conversion de ceux qui ne connaissent pas le Christ.
Ces activités relèvent de l'évangélisation lorsqu'elles sont menées avec sincérité, charité et sans contrainte.
L’affirmation du paragraphe 54 selon laquelle considérer le prosélytisme comme « le seul moyen d’entrer en contact avec l’autre » n’a plus de sens peut raisonnablement être comprise comme un rejet d’un mode d’interaction agressif ou manipulateur. Elle ne saurait être interprétée comme déclarant que la conversion n’est plus un espoir ou un but légitime de la mission chrétienne.
L’Église ne recherche pas les convertis comme des trophées, des atouts politiques ou une preuve de son pouvoir institutionnel. Elle recherche la conversion des âmes car elle désire que chaque personne participe à la vie du Christ.
Souhaiter la conversion d'autrui n'est pas un acte d'agression. Bien compris, c'est un acte de charité surnaturelle.
- La liberté religieuse ne signifie pas l'indifférentisme religieux.
L'Église défend la liberté religieuse car les êtres humains doivent être libres de toute contrainte en matière de religion. La liberté religieuse garantit l'absence de toute forme de contrainte, qu'elle vienne d'individus, de groupes sociaux ou de l'État. Elle ne signifie pas que toutes les religions se valent.
Le droit d'une personne à ne subir aucune contrainte ne prouve pas la véracité de toutes ses croyances. Un catholique peut défendre la liberté individuelle d'un musulman, d'un hindou, d'un bouddhiste, d'un juif, d'un athée ou d'un membre d'une autre religion tout en continuant de professer que Jésus-Christ est l'unique Sauveur et que la plénitude de la vérité révélée se trouve dans l'Église catholique.
La liberté concerne la manière dont on embrasse sa foi. Elle n'abolit pas l'obligation morale de rechercher et d'adhérer à la vérité religieuse.
Dignitatis humanae enseigne que tous les hommes sont tenus de rechercher la vérité, en particulier en ce qui concerne Dieu et son Église, et, une fois la vérité connue, « de l’embrasser et de s’y attacher fermement » ( Dignitatis humanae, 1) .
La liberté religieuse et la proclamation missionnaire ne sont donc pas incompatibles. La coercition viole la dignité humaine ; la proclamation, quant à elle, défend la liberté humaine et l’appelle à la vérité.
- Le Saint-Esprit et les religions non chrétiennes
La note indique que le Saint-Esprit est à l’œuvre dans l’histoire humaine et au sein des diverses cultures et religions des peuples. Cela aussi doit être compris avec soin.
Le Saint-Esprit peut agir dans chaque cœur humain. Il peut susciter des interrogations, révéler le vide du péché, inspirer la repentance, fortifier le désir de vérité et préparer chacun à recevoir le Christ. Son action ne se limite pas aux frontières ecclésiales visibles.
Mais le Saint-Esprit ne contredit jamais le Fils.
L’Esprit n’inspire pas le déni de la divinité du Christ, le rejet de l’Incarnation, le reniement de la Croix ni le refus de l’Évangile. Il peut agir en une personne malgré de telles erreurs, la conduisant vers une vérité plus complète. Il ne s’ensuit pas qu’il veuille activement les erreurs elles-mêmes.
La présence du Saint-Esprit parmi les nations est missionnaire et christologique. Il prépare l’humanité à Christ, conforme les âmes à son image et intègre les croyants au Corps du Christ. Comme l’enseigne Notre Seigneur : « Quand l’Esprit de vérité viendra, il vous conduira dans toute la vérité… Il me glorifiera » (Jean 16, 13-14).
Tout appel au Saint-Esprit qui rend le Christ inutile est contraire à la mission révélée de l’Esprit.
- Antisémitisme, sionisme et État moderne d'Israël
L’Église condamne sans équivoque l’antisémitisme et doit l’affirmer sans réserve. La haine, la persécution ou la suspicion dirigées contre les Juifs en raison de leur appartenance au judaïsme constituent une grave atteinte à la dignité humaine et un péché contre la charité et la justice. L’histoire terrible des violences antisémites, culminant avec la Shoah, ne doit jamais être oubliée, minimisée ni se répéter.
Néanmoins, la condamnation de l'antisémitisme ne doit pas être instrumentalisée pour servir d'appui au sionisme politique ou pour défendre inconditionnellement l'État moderne d'Israël.
Il convient de distinguer avec soin plusieurs réalités : le peuple juif, la religion juive, l’Israël de la révélation biblique, les diverses formes de sionisme politique et l’État d’Israël contemporain. Ces réalités sont historiquement liées, mais non identiques. Les confondre conduit à de graves erreurs théologiques et morales.
L’État moderne d’Israël est un État politique. Il doit être jugé selon les mêmes principes de droit naturel et moral, de justice, de dignité humaine, de légitime défense et de protection de la vie innocente que tout autre État. Il ne bénéficie d’aucune exemption divine au jugement moral.
Les promesses bibliques faites à Israël ne sauraient être invoquées comme une autorisation théologique absolue justifiant les politiques, revendications territoriales, actions militaires ou traitements infligés aux autres peuples par un gouvernement moderne. Aucun État contemporain ne peut prétendre que ses actions échappent à tout examen moral en raison d'un statut religieux privilégié.
L’Église reconnaît le lien unique et indéfectible qui unit le peuple juif à l’histoire du salut. Saint Paul enseigne qu’il demeure aimé grâce aux patriarches et que « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 28-29). Ce mystère doit être abordé avec humilité, respect et une profonde compréhension de l’Écriture Sainte.
Mais le caractère irrévocable des dons de Dieu n'établit pas deux alliances de salut parallèles, l'une par Jésus-Christ et l'autre indépendamment de lui. Il n'identifie pas non plus l'État moderne d'Israël à l'Église ni ne confère à cet État le statut théologique de peuple messianique de Dieu.
Jésus-Christ a inauguré la Nouvelle Alliance par son sang. En lui, les promesses faites à Israël s'accomplissent et sont offertes à toutes les nations. Ceux qui appartiennent au Christ, juifs ou non-juifs, sont réunis en un seul Corps.
« Il n’y a plus ni Juif ni Grec… car vous êtes tous un en Jésus-Christ. Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3:28-29).
L’Église est le peuple nouveau et universel de Dieu, composé non selon la race, la nationalité ou l’appartenance politique, mais par l’union au Christ. Comme l’écrit saint Pierre aux baptisés : « Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis » (1 Pierre 2,9).
Cette réalisation ne doit pas être interprétée comme un mépris envers le peuple juif, ni comme si Dieu avait renié ses promesses. Mais le mystère persistant d’Israël ne saurait non plus se muer en une théologie politique qui sacraliserait l’État-nation moderne, le sous-estimant de toute critique ou justifiant automatiquement toutes ses actions.
Aucun gouvernement n'est au-dessus de la loi de Dieu.
Les Israéliens possèdent une dignité humaine inviolable. Les Palestiniens possèdent la même dignité humaine inviolable. Les civils juifs ne pourront jamais être considérés comme des cibles légitimes du fait de la conduite de leur gouvernement. Les civils palestiniens ne pourront jamais être considérés comme sacrifiables du fait de la conduite d'organisations terroristes.
Le meurtre de civils, le terrorisme, les prises d'otages, les violences aveugles, les châtiments collectifs, les déplacements forcés et la privation délibérée des nécessités de la vie ne peuvent être justifiés par l'appartenance ethnique, la religion, les souffrances historiques, les revendications territoriales ou les affirmations relatives à la sécurité nationale.
Les souffrances passées d'un peuple n'autorisent pas son gouvernement à infliger des injustices à un autre peuple. De même, les injustices subies par les Palestiniens ne justifient ni l'antisémitisme ni les violences contre les Juifs.
Les catholiques doivent donc rejeter deux distorsions opposées : l’antisémitisme, qui attribue une culpabilité ou une malice collective au peuple juif, et un sionisme chrétien acritique, qui transforme l’allégeance politique à l’État d’Israël en une prétendue exigence de la foi biblique.
La critique de certaines politiques ou actions militaires du gouvernement israélien n'est pas, en soi, antisémite. Elle le devient lorsqu'elle impute une culpabilité collective aux Juifs, recourt à la haine ou aux stéréotypes raciaux, nie la dignité humaine du peuple juif ou justifie les violences commises à son encontre.
La même exigence morale doit s'appliquer à la haine anti-palestinienne et aux discours qui minimisent la vie, les droits et les souffrances des Palestiniens. Ni les souffrances juives ni les souffrances palestiniennes ne sauraient être considérées comme moralement insignifiantes.
L’Église ne doit pas laisser la lutte nécessaire contre l’antisémitisme étouffer un jugement moral légitime. L’amitié authentique n’exige pas d’aveuglement moral. Le respect de chaque peuple requiert l’application de la même loi morale à tous.
L’Église ne se range ni du côté de la haine ethnique ni du côté de l’idolâtrie politique. Elle se range du côté de la vérité, de la justice, des innocents et de la paix qui ne peut se fonder que sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne humaine.
- L'autorité d'une note du Vatican
Les fidèles doivent également comprendre la nature du document en question.
Une note émise par les dicastères et approuvée pour publication par le Pontife romain mérite une attention sérieuse et respectueuse. Elle ne doit pas être traitée avec mépris. Toutefois, une telle note n'a pas la même autorité que l'Écriture sainte, définition infaillible, constitution conciliaire solennelle ou enseignement constant et universel de l'Église.
Les documents de l'Église doivent être interprétés selon la hiérarchie des vérités et dans la continuité du dépôt de la foi.
Aucune phrase isolée ne peut être interprétée comme renversant :
- Le mandat missionnaire du Christ ;
- Le dogme selon lequel Jésus-Christ est le Sauveur unique et universel ;
- La nécessité de la foi et du baptême ;
- L'institution divine de l'Église ;
- La nature missionnaire de l'Église;
- Ou l’obligation d’évangéliser tous les peuples.
Lorsqu'un texte postérieur peut faire l'objet d'une interprétation orthodoxe, les catholiques doivent le lire en accord avec l'Écriture et la Tradition. En cas d'ambiguïté, celle-ci doit être levée par l'enseignement constant de l'Église.
Une expression ne peut acquérir un sens orthodoxe du seul fait de sa présence dans un document ecclésiastique. Son sens doit être conforme à la foi transmise une fois pour toutes aux saints.
- Principes pastoraux pour un témoignage catholique fidèle
Puisqu'un évêque ne doit jamais se considérer comme dispensé du devoir d'enseigner la vérité, de défendre le dépôt de la foi, de mettre en garde contre les erreurs qui mettent les âmes en péril et d'encourager les fidèles à demeurer fermes dans le Christ, je propose donc les principes pastoraux suivants comme exhortation épiscopale aux catholiques de toute notre nation et à tous ceux qui désirent rester fidèles au mandat missionnaire de Jésus-Christ :
- Tout effort catholique en faveur du dialogue interreligieux doit se fonder sur la confession sans équivoque que Jésus-Christ est le Sauveur unique et universel de l'humanité.
- Il ne faut pas présenter les autres religions comme des voies parallèles de salut ou comme des révélations alternatives possédant une autorité divine égale.
- On peut reconnaître dans d'autres traditions religieuses des éléments authentiques de vérité et de bonté. Toutefois, il ne faut ni affirmer, ni considérer comme salvifiques en soi, ni dissimuler délibérément les croyances qui contredisent la révélation divine, lorsque la clarté est nécessaire.
- Le dialogue ne doit jamais être utilisé pour décourager la conversion, le baptême, l'accueil dans l'Église catholique, l'apologétique, la catéchèse ou la proclamation explicite de l'Évangile.
- Les catholiques qui participent au dialogue interreligieux doivent avoir une connaissance approfondie des Saintes Écritures, de la Tradition et de l'enseignement officiel de l'Église. L'ignorance de la foi catholique n'est pas synonyme d'ouverture, et l'incertitude doctrinale n'est pas synonyme d'humilité.
- La coopération entre les personnes d'autres religions pour défendre la dignité humaine, aider les pauvres, rechercher la justice et œuvrer pour une paix authentique est louable lorsqu'elle n'exige aucun compromis doctrinal et ne crée aucune confusion religieuse.
- Les catholiques doivent faire preuve d'une prudence particulière concernant la prière commune et la participation à des rites religieux non chrétiens. Il ne faut rien faire qui puisse laisser croire que toutes les religions adorent Dieu de manière équivalente ou que leurs rites possèdent une vérité ou une valeur salvifique égale.
- Les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux, les catéchistes, les éducateurs et les parents devraient expliquer clairement la différence essentielle entre le prosélytisme coercitif et l'évangélisation authentique.
- Les institutions catholiques ne doivent jamais présenter la conversion comme une source de honte, un acte d'hostilité, une forme d'agression culturelle ou un vestige d'une autre époque. Inviter librement et avec amour une autre personne à connaître Jésus-Christ est un acte de charité.
- Les catholiques devraient prier explicitement pour la conversion du monde, la diffusion de l'Évangile, le salut des âmes et le rassemblement de tous les peuples dans l'unité de l'Église du Christ.
- La condamnation nécessaire de l'antisémitisme par l'Église ne doit jamais servir à empêcher toute critique morale légitime des politiques ou des actions de l'État d'Israël.
- Les critiques formulées à l’encontre de l’État d’Israël ne doivent jamais imputer une culpabilité collective au peuple juif, nier sa dignité humaine et sa sécurité légitime, recourir à des stéréotypes antisémites, ni servir de prétexte à la haine ou à la violence.
- Le même souci chrétien de justice doit défendre la dignité, la sécurité et les droits légitimes des Israéliens et des Palestiniens. La souffrance d'un peuple ne doit jamais servir de prétexte à l'indifférence face à la souffrance d'un autre.
- Aucune idéologie politique, nation, gouvernement ou force militaire ne saurait être exemptée de la loi morale naturelle. Tout État et toute autorité politique sont soumis au jugement de Dieu.
- Les catholiques doivent résister à toute tentative – qu’elle soit ecclésiastique, culturelle ou politique – de dissocier la charité de la vérité. La charité sans la vérité n’est que sentimentalité ; la vérité sans la charité devient une arme. Un témoignage chrétien authentique requiert les deux.
J’offre ces principes en accomplissement de la responsabilité qui incombe à chaque évêque de préserver la foi apostolique et de proclamer la Parole « en temps opportun et inopportun » (2 Timothée 4, 2). J’exhorte les fidèles à examiner toute proposition contemporaine concernant le dialogue interreligieux à la lumière de l’Écriture sainte, de la Tradition et de l’enseignement pérenne de l’Église.
Aucun catholique ne devrait laisser un désir mal placé d'acceptation sociale étouffer le nom de Jésus-Christ. Aucun prêtre, enseignant ou parent ne devrait laisser ceux qui lui sont confiés dans l'incertitude quant à la nécessité du Christ, la vocation missionnaire de l'Église ou le devoir suprême de rechercher le salut des âmes.
Nous devons parler avec charité, patience et humilité. Mais nous devons parler.
- La vérité et la charité sont indivisibles.
L'Église rejette deux erreurs opposées dans ses relations avec les autres religions.
La première est l'hostilité : le mépris envers ceux qui pensent différemment, la coercition, la moquerie, la discrimination ou la violence. De tels comportements contredisent la dignité de la personne humaine et la charité du Christ.
La seconde est l'indifférentisme : l'affirmation selon laquelle les différences religieuses sont finalement sans importance, que toutes les religions sont également voulues par Dieu comme voies de salut, ou qu'inviter les autres à la conversion est inutile ou offensant.
La voie catholique n'est ni l'hostilité ni l'indifférentisme. C'est la vérité dans la charité.
Nous respecterons ceux qui pensent différemment. Nous défendrons leur dignité humaine et leur liberté légitime. Nous écouterons patiemment, coopérerons aux causes justes, corrigerons les mensonges sans mépris et refuserons toute forme de coercition. Mais nous ne garderons pas le silence sur Jésus-Christ.
Nous ne dissimulerons pas sa divinité pour faciliter le dialogue. Nous ne parlerons pas comme si la Croix n'était qu'un symbole chrétien parmi d'autres. Nous ne réduirons pas l'évangélisation à un simple exemple sans proclamation. Nous ne considérerons pas le baptême comme superflu, l'Église comme facultative, ni la conversion comme une atteinte à la fraternité.
La fraternité la plus profonde ne s'atteint pas en dissimulant la vérité qui sauve.
Nous ne permettrons pas non plus que le dialogue religieux devienne un instrument de favoritisme politique. Nous condamnerons l'antisémitisme sans renoncer à notre droit et à notre devoir de juger les actions de l'État d'Israël selon la loi morale. Nous défendrons le peuple juif contre la haine tout en défendant la dignité et la vie des Palestiniens. Nous ne laisserons pas la souffrance d'un peuple nous rendre aveugles à celle d'un autre.
Les Apôtres n'ont pas donné leur vie pour l'idée que toutes les religions sont des expressions différentes d'une même quête. Les martyrs sont morts parce qu'ils ont confessé un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul nom salvateur : Jésus-Christ.
Le monde n'a pas besoin d'une Église honteuse de l'Évangile. Il a besoin d'une Église consumée par l'amour du Christ et, par conséquent, par l'amour des âmes.
Écoutons à nouveau les paroles de saint Paul : « C’est pourquoi nous sommes ambassadeurs pour Christ ; Dieu, en quelque sorte, vous exhorte par notre intermédiaire. Pour Christ, nous vous supplions de vous réconcilier avec Dieu » (2 Corinthiens 5, 20).
Cet appel demeure la mission de l’Église. Il le restera jusqu’au retour glorieux du Christ.
Confiant toutes les nations à l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Étoile de l'Évangélisation, et à la protection des saints Apôtres Pierre et Paul, je demeure
En Christ,
L'évêque Joseph E. Strickland
17.09.2026