Pierre de PORCARO
1904-1945
Bienheureux,
prêtre catholique
Martyr mort au camp de concentration de Dachau
Bien chers Amis,
«Mon petit, tu sais ce que ton père et moi vous avons toujours enseigné : dans la vie, la seule chose à considérer, c’est de faire son devoir». Telle est la réponse de Marthe de Porcaro à son fils, prêtre de trente-huit ans; il vient, en ce jour d’avril 1943, de lui apprendre que son évêque lui propose une mission extrêmement périlleuse : aller en Allemagne, en pleine guerre, comme aumônier clandestin. Plus encore que le sentiment du devoir, ce sont l’amour de Dieu et le zèle du salut des âmes qui ont conduit ce prêtre à accepter la mission et exposer sa vie.
Pierre de Porcaro est né le 10 août 1904 à Dinan, en Bretagne, dans une famille profondément catholique qui compte de nombreux militaires. Son père, Edmond-Marie, officier dans l’armée française, démissionnera l’année suivante pour protester contre la politique antireligieuse du gouvernement: la loi de séparation de l’Église et de l’État dispose qu’un inventaire des églises (y compris des tabernacles) sera effectué sous protection militaire par des fonctionnaires civils. Le capitaine de Porcaro refuse de coopérer à cette profanation et démissionne. Il reprendra du service en 1914 et mourra pour la France en novembre 1916. Devenue veuve, Marthe de Porcaro s’établit à Versailles, et Pierre entre au petit séminaire. De tempérament vif et enjoué, l’adolescent se montre un camarade serviable. Il possède un don pour la parole, qu’il développera en jouant des pièces de théâtre. En octobre 1923, il entre au grand séminaire de Versailles. Sur le conseil d’un oncle prêtre, il s’astreint pendant toute une année à s’exprimer calmement, par phrases correctement composées. Il s’efforce de dompter sa vitalité débordante et d’acquérir une vie intérieure profonde. De 1924 à 1926, il effectue son service militaire. En septembre 1926, il confie au Sacré-Cœur de Jésus son projet de sacerdoce en faisant un pèlerinage à la basilique de Montmartre. Il note dans son journal: «Il faut que je devienne un saint. C’est le seul moyen de m’assurer plus tard un ministère fécond… Je crois pouvoir dire en toute sincérité: J’ai soif des âmes.»
Le 19 juin 1927, une procession de la Fête-Dieu à Versailles est, pour la première fois depuis un demi-siècle, autorisée par les autorités civiles; Pierre note: «Elle est vivante, l’Église du Christ, et elle est la religion d’un Dieu vivant.» Le 29 juin 1929, il est ordonné prêtre; il confie cette prière à son journal: «Mon Dieu, faites que pendant toute ma vie sacerdotale, je réalise l’idéal vu nettement: 1. Devenir un humble. 2. Être un apôtre. 3. Être une victime.» L’abbé de Porcaro restera six ans professeur au petit-séminaire. En 1935, il est nommé vicaire à Saint-Germain-en-Laye, et chargé de diriger un groupement d’œuvres catholiques. Un paroissien témoignera: «On garde le souvenir d’un prêtre très pénétré de foi et d’ardente piété, surtout lors de la célébration de la Messe. Il n’était plus le même à l’autel qu’en ville, où il était tout à tous, jovial et plein d’humour, même avec les agents de police, plein de fougue lorsqu’il assistait à un match de football.»
Le 3 septembre 1939, la guerre est déclarée; l’abbé Pierre de Porcaro est mobilisé. Un de ses frères, Jean, mourra un mois plus tard dans un accident d’avion. Pierre passe son brevet de chef de section et devient sous-officier dans le génie. Cantonné en Alsace, il constate avec tristesse le peu d’intérêt des soldats et des officiers pour la religion; cependant, il ne se décourage pas et se réjouira pour «une trentaine de communions et une grande foule à la Toussaint». Le lendemain de l’armistice, 23 juin 1940, il est fait prisonnier par les Allemands dans les Vosges; il arrive quelques semaines plus tard au Stalag IX B (camp de prisonniers de guerre) de Bad-Orb, près de Francfort. Lui et un autre prêtre français sont accueillis avec bienveillance par le curé du lieu. Le jour de la Toussaint, il reçoit la grâce d’accepter la captivité, qui, au début, le révoltait: «Magnifique journée qui me procura une paix totale, une profonde joie intérieure.» Il rédige un abrégé de théologie à l’intention de quelques séminaristes détenus avec lui. Il donne à ces jeunes «un seul livre pour nourriture, la Bible, une seule consigne, l’unité».
Être saint ou trahir
Libéré le 4 août 1941 et rapatrié en tant qu’aumônier militaire, Pierre écrit: «Au cours de ces mois de captivité, Dieu nous a tellement comblés que ma vie entière reste marquée du signe de l’action de grâces.» Il reprend son ministère à Saint-Germain-en-Laye, en s’occupant spécialement de patronages de jeunesse, et s’affilie en tant que novice l’année suivante à la Société des prêtres de Saint-François-de-Sales; fondée en 1876, cette association se propose d’aider ses membres à se perfectionner dans la vie intérieure et la direction spirituelle. L’abbé de Porcaro a pour principe: «Il faut être un prêtre saint, sinon c’est trahir.» Il était rentré en France pour s’occuper de la jeunesse. Mais avec le temps, il discerne que Dieu attend de lui un apostolat plus exposé, tourné vers les Français déportés en Allemagne. La politique antireligieuse du Troisième Reich s’est intensifiée à partir de 1941. Le 12 mai, une ordonnance dispose que le culte et l’assistance religieuse des prisonniers de guerre seront désormais confiés exclusivement aux «ecclésiastiques de la puissance ennemie en captivité». Tout contact des prisonniers avec les prêtres allemands est donc devenu impossible. Une demande formulée par des prêtres français prisonniers de pouvoir se rendre auprès de leurs compatriotes dispersés dans les 80 000 «Kommandos» (unités de production) est refusée par l’autorité allemande.
Bientôt, le gouvernement nazi décrète l’envoi massif d’ouvriers français pour travailler dans les usines en Allemagne afin de compenser l’absence des Allemands combattant sur le front. Le Gauleiter Sauckel, émissaire d’Hitler, contraint avec brutalité le gouvernement français à obtempérer. En février 1943 sera créé le S.T.O. (Service du travail obligatoire) qui devra répondre à de nouveaux oukases. Entre juin 1942 et août 1943, 600 000 jeunes Français partent pour l’Allemagne. Le Pape Pie XII, recevant le cardinal Suhard, archevêque de Paris, s’inquiète des conditions de vie morale et spirituelle de ces travailleurs. Après que les demandes d’autorisation officielle sont restées sans réponse, les évêques français, réunis en mars 1943, décident l’envoi d’aumôniers clandestins en Allemagne. Cette “Mission Saint-Paul” est soutenue par le Pape, qui, par un rescrit pontifical du 21 mars, donne à ces aumôniers clandestins les autorisations canoniques nécessaires. Vingt-cinq prêtres vont partir rapidement, d’autres suivront. Le 16 avril 1943, l’abbé Pierre de Porcaro reçoit une lettre de l’évêque de Versailles, Mgr Roland-Gosselin, qui lui demande d’«être aumônier des travailleurs en Allemagne, et pour cela, s’il n’y a pas d’autre moyen d’apporter à nos compatriotes un secours spirituel, de contracter un engagement comme travailleur». Il note dans son journal: «J’ai dit oui… Humainement, c’est, je crois, le plus gros sacrifice que l’on pouvait me demander, alors que j’ai obstinément refusé de travailler pendant ma captivité.» Il se fait passer pour un professeur de lettres et se rend au bureau du S.T.O., où il est embauché comme manœuvre non spécialisé. Au moment de signer le contrat, il ressent malaise et angoisse, mais peu après, la paix et la joie l’envahissent: il a suivi librement l’appel du Christ. «Je fais le plongeon dans l’inconnu, aveuglément confiant en la grâce de Dieu», écrit-il à son évêque.
Messe clandestine
Pierre arrive le 17 mai à Dresde en Saxe, où il travaillera dans une usine de fabrication de carton ondulé. Il est logé dans un dortoir avec de jeunes travailleurs. La veille de ce jour, une Messe solennelle a été célébrée à la Piuskirche de Berlin par l’abbé Rodhain, aumônier officiel des Français prisonniers de guerre, devant mille personnes. À la suite de cette cérémonie trop voyante, le 30 juin, le chef suprême de la S.S., Himmler, supprime les «Messes françaises» dans les églises allemandes, et interdit toute entrée de prêtres étrangers dans le Reich. Les prêtres prisonniers n’ont plus le droit d’exercer aucun ministère. Cependant, l’abbé de Porcaro a créé discrètement une section de la J.O.C. (Jeunesse ouvrière chrétienne). Il est accueilli cordialement à la paroisse du Bon Pasteur par le curé, le Dr. Baum, qui met à sa disposition une pièce de son presbytère et autorise dans l’église une «Messe clandestine» pour les Français, le dimanche à 8h30. Mais au début d’août, cette Messe devra être supprimée pour ne pas alerter la Gestapo – l’abbé de Porcaro continuera à célébrer à la sacristie. Pierre établit des cercles d’étude de la doctrine catholique et s’occupe de quinze séminaristes français; il confesse discrètement les ouvriers en déambulant sur la Grand-Place de Dresde. Mais ce développement de l’apostolat va déclencher de violentes mesures de répression. La Gestapo a entendu une émission en anglais de Radio Vatican évoquant l’apostolat des prêtres clandestins auprès des travailleurs français en Allemagne. Les nazis veulent y voir un plan du Vatican pour saper l’effort de guerre allemand. Himmler dit le 4 octobre aux cadres de la S.S.: «Les vrais chrétiens figurent automatiquement parmi nos adversaires.» Le 3 décembre, Ernst Kaltenbrunner, n°2 de la S.S., promulgue une ordonnance destinée à empêcher toute activité catholique des Français en Allemagne. Les mesures édictées contre les prêtres clandestins vont de l’expulsion du territoire du Reich à l’internement dans des camps de concentration.
Le 16 novembre 1943, l’abbé de Porcaro est blessé au pied gauche par la chute d’un rouleau de carton de 180 kilos. Il rentre en convalescence à Saint-Germain-en-Laye du 10 décembre 1943 au 24 janvier 1944. Il note sur son carnet intime: «Il y aura demain huit mois, j’arrivais à Dresde. Quels mois de grâce! Je me sens confondu devant les attentions divines. Découverte de la mentalité ouvrière, enrichissement spirituel surtout. Contemplation facile devant une machine ou un wagon de charbon. Apostolat délicat, mais passionnant… Nous sommes vingt-deux prêtres français (clandestins) en Allemagne: six ont été arrêtés, dont trois ont été renvoyés en France. Le tour des autres viendra bientôt… Pourquoi prévoir le pire, puisqu’au pire est attachée une grâce proportionnelle? En toute confiance, en tout abandon, en tout amour, j’offre au Bon Dieu cette nouvelle tranche de vie, peut-être la dernière. Comme Il veut!» Le 17 janvier 1944, Pierre est agrégé définitivement à la Société sacerdotale de Saint-François-de-Sales. Il écrit: «Je suis paré. En route!» Le 25, il reprend le chemin de Dresde dans des conditions bien plus risquées que neuf mois plus tôt. Il a écrit avant de partir: «Dans quelques heures, le départ. Celui qui, ayant mis la main à la charrue, regarde derrière lui, n’est pas digne de moi (cf. Lc 9, 62). À part certains frissons passagers, ça va… De quoi sera fait demain? Tous ces événements nous dépassent. Dieu seul a son plan. Lui seul sait et conduit… toujours avec amour.»
Le chemin du salut
Pierre de Porcaro a pris au sérieux la mission confiée par Jésus-Christ à ses apôtres et à tous les chrétiens: Allez par le monde entier, et prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas sera condamné (Mc 16, 15-16). Le Catéchisme de l’Église Catholique enseigne: «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4). Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l’Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut; mais l’Église à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C’est parce qu’elle croit au dessin universel de salut qu’elle doit être missionnaire» (CEC n°851).
Le concile Vatican II indique les effets de cette mission: «En prêchant l’Évangile, l’Église dispose ceux qui l’entendent à croire et à confesser la foi, elle les prépare au baptême, les arrache à l’esclavage de l’erreur et les incorpore au Christ pour croître en lui par la charité jusqu’à ce que soit atteinte la plénitude. Son activité a le résultat non seulement de ne pas se laisser perdre tout ce qu’il y a de germe de bien dans le cœur et la pensée des hommes (…); mais de le guérir, l’élever, l’achever pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme. À tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de l’expansion de la foi» (Constitution Lumen gentium, n°17).
De retour à Dresde, l’abbé de Porcaro est affecté à un travail physiquement beaucoup plus dur que le précédent. Il se réjouit néanmoins du bon déroulement du Carême: «Dans tous les camps où il y a de vrais militants, le nombre des communions dépassa nos espérances: 50% dans quelques-uns, 25% dans les camps plus nombreux… Qu’importent aujourd’hui les mains tailladées qui ont du mal à écrire ou des épaules douloureuses. On se sent ressuscité avec Lui: d’autant plus ressuscité et agent de résurrection qu’on a eu plus à offrir.» Dans une lettre écrite en termes voilés pour dépister la censure, Pierre annonce que son «entrée en clinique» (c’est-à-dire en prison) ne saurait tarder; à moins qu’on ne l’envoie «respirer l’air natal» (renvoi en France). Cependant, il continue son ministère et écrira encore le 15 août 1944 à son évêque pour lui confirmer sa volonté d’assumer jusqu’au bout sa mission. Il ajoute: «Il y a une grâce proportionnée aux difficultés. Je suis heureux de pouvoir, par une vie un peu plus austère, me sentir plus près de vous qui vivez dans une angoisse perpétuelle». Albert Lafarge, ouvrier du S.T.O. à Dresde et chef de clan routier scout, rencontre Pierre de Porcaro peu avant son arrestation. Albert a reçu mission de créer une antenne d’évasion de prisonniers de guerre et demande conseil au prêtre. Il témoignera: «Il m’aida, et grâce à lui, plusieurs prisonniers ont recouvré leur liberté.»
« Ils feront ce qu’ils voudront »
Pierre a repéré un Français qui rapporte ses faits et gestes à la Gestapo. Ayant l’occasion de rencontrer son propre frère prêtre, Yves, prisonnier aumônier dans les environs, il le met au courant de l’identité du délateur, tout en lui demandant de ne jamais chercher à le venger. De fait, l’abbé Yves de Porcaro aura l’occasion, après la guerre, de croiser ce “Judas” dans le métro parisien; mais il ne le dénoncera pas, fidèle à la promesse faite à son frère. Le 11 septembre 1944, Pierre de Porcaro est arrêté à l’entrée de l’usine. Dans le bureau de la Gestapo, il rencontre un séminariste arrêté le même jour, Évode Beauchamp. Celui-ci témoignera de la parfaite sérénité et même de la gaieté du prêtre: «Nous avons été conduits ensemble à la prison centrale. J’entends encore son sonore éclat de rire quand nous montâmes dans nos cellules, lui au deuxième étage, moi au quatrième.» Les deux prisonniers parviennent à communiquer en grimpant aux fenêtres. Le séminariste se souvient des paroles du prêtre: «Je leur ai tout dit en particulier sur l’objet de ma présence en Allemagne. Je suis très heureux. Ils feront ce qu’ils voudront.» La famille Widuch, chez qui l’abbé de Porcaro logeait avant son arrestation, s’efforce en vain de lui faire parvenir de la nourriture et des vêtements. Détenu dans une cellule obscure jusqu’à son jugement le 2 décembre, il est l’objet de brimades de la part de la S.S. qui jettent son bréviaire dans une fosse d’aisance. Mais cela n’entame pas son moral, comme le souligne l’un de ses codétenus: «Avec ses histoires drôles, son rire contagieux, il arriva à constituer un cercle autour de lui dans un éternel souci d’apostolat, et à faire réciter le chapelet à ses compagnons de misère.»
Condamné à être incarcéré dans un camp de concentration en raison de ses «activités anti-allemandes», Pierre arrive le 20 janvier 1945 au camp de Dachau, près de Munich. Il est enfermé au bloc n°26 réservé aux prêtres et religieux, qui comprend une chapelle. 2730 ecclésiastiques auront été internés dans ce bloc entre 1933 et 1945. Lorsque Pierre y arrive, le Troisième Reich est à l’agonie. Les détenus sont sous-alimentés et entassés dans une totale promiscuité. Propagé par les poux, le typhus provoquera la mort de la moitié des 25 000 détenus de Dachau. Le Père jésuite Michel Riquet a côtoyé pendant plusieurs semaines l’abbé de Porcaro et porté sur lui ce témoignage: «Il partageait au bloc des prêtres la même table que moi. Il fut de ceux qui n’hésitaient pas à sortir de notre bloc fermé pour aller exercer son ministère sacerdotal auprès des Français dispersés dans les autres blocs du camp. Il y retrouvait plus d’un “S.T.O.” et continuait ainsi l’apostolat pour lequel il avait été déporté. Subitement, il nous a quittés pour le Revier (l’hôpital des camps), atteint par le typhus qu’il avait sans doute contracté en allant visiter les Français qui en étaient atteints… Il fut toujours un prêtre dévoué, dynamique et généreux.»
À la grâce de Dieu
Mourant, Pierre demande les derniers sacrements à un codétenu, le Père Joannatry, prieur de l’abbaye Notre-Dame de Belloc, avant d’être transféré à l’hôpital. Il reçoit l’Extrême-Onction et le Viatique avec une foi extraordinaire, sur sa paillasse, entouré de deux ou trois prêtres français à genoux à ses côtés. Il leur confie: «Cela me fait quelque chose de mourir maintenant que la délivrance est proche, mais “à la grâce de Dieu”!» Il dit à l’un de ses confrères: «J’offre ma vie pour la France, j’accepte le sacrifice que m’envoie le Bon Dieu!» L’abbé Pierre de Porcaro meurt du typhus le 12 mars 1945. Le lendemain, le Père Joannatry dira de lui: «Il a fait spontanément le sacrifice de sa vie pour ses confrères dans le ministère.» Le 29 avril, les troupes américaines libéreront le camp de Dachau.
La fidélité de l’abbé de Porcaro à sa mission de prêtre l’a conduit jusqu’au martyre. «Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi (…) Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force.» (Catéchisme de l’Église catholique, n. 2473). Le 14 septembre 2025, en la basilique romaine Saint-Paul-hors-les-Murs, le Pape Léon XIV a prononcé les paroles suivantes:
«Nous sommes convaincus que le martyre jusqu’à la mort est la communion la plus vraie possible avec le Christ qui a versé son Sang et qui, par ce sacrifice, rapproche ceux qui étaient autrefois éloignés… Aujourd’hui encore, de nombreux frères et sœurs, à cause de leur témoignage de foi dans des situations difficiles et des contextes hostiles, portent la même croix du Seigneur: comme Lui, ils sont persécutés, condamnés, tués. Jésus dit d’eux: Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi (Mt 5, 10-11). En cette Année Sainte, nous célébrons l’espérance de ces courageux témoins de la foi (…) Que le sang de tant de témoins hâte la venue du jour béni où nous boirons à la même coupe du salut!»
Pierre de Porcaro a été proclamé bienheureux le 13 décembre 2025, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, en compagnie de quarante-neuf autres prêtres, séminaristes ou laïcs français, morts en détention en Allemagne au cours de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à la mort, ils ont témoigné de la vérité de la foi de l’Église, ainsi que de l’amour du Christ crucifié. L’amour parfait ne peut exister sans la foi, il la présuppose. En 1943, le bienheureux Pierre écrivait: «C’est là où Dieu nous appelle à vivre dans le moment présent que nous avons à faire notre sanctification.» Par son intercession, demandons au Seigneur la grâce de la fidélité joyeuse et aimante dans le “martyre” des petits sacrifices quotidiens.
Dom Jean-Bernard Marie, o.s.b.